Quelles compétences pour devenir juriste d'entreprise ?

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Quelles compétences pour devenir juriste d'entreprise ?

Compte rendu de la conférence du 22 mars 2012 organisée par Carrieres-Juridiques.com, l'AFJE et Le Petit Juriste 

 

Intervention du Professeur Jérôme DUVAL-HAMEL : co-Directeur du M2/MBA de Paris II de Droit des Affaires et Management-Gestion, ancien Directeur Général et Affaires Juridiques de grands Groupes

A l’Université , il est  souvent fait référence aux métiers juridiques pour ne parler que de l’exercice du métier d’avocat. Or la réalité du métier du droit n’est pas que celle-ci : il existe notamment le métier de juriste d’entreprise.

 

Le métier de juriste d’entreprise est un beau métier qui permet de faire du droit, de conduire des projets qui sont larges et renouvelés avec la puissance des entreprises dans lesquelles vous êtes et qui est rémunérateur, notamment dans les premières années où la rémunération peut être égale et même supérieure à des rémunérations d’avocats.

 

C’est un métier dans lequel on a une possibilité de conduire une vie qualifiée dans toutes les enquêtes comme équilibrée. Ces enquêtes montrent que de nombreux étudiants s’orientent dans un premier temps vers l’exercice du métier d’avocat pendant une période de trois à quatre ans pour ensuite évoluer dans l’entreprise afin d’avoir une vie personnelle plus épanouie.

(Concernant les reconversions dans les différents emplois juridiques, consultez notre article "Avocat, Magistrat, Huissier, Notaire...Les différentes passerelles entre les métiers du Droit")

 

Par ailleurs, de nombreux avocats ont cette démarche personnelle en fin de carrière et décident d’intégrer les services juridiques de grandes entreprises. Le métier de juriste d’entreprise est un métier d’équilibre là où le métier d’avocat ne permet pas toujours ce dernier.

 

« 40% des jeunes diplômés rebasculent vers le métier de juriste d’entreprise après avoir exercé le métier d’avocat»

 

Tant que les cabinets d’avocats n’auront pas évolué en terme de management, ils ne pourront pas capter de façon plus pérenne les jeunes diplômés, qui, dans 40% des cas, rebasculent vers le métier de juriste d’entreprise après avoir exercé le métier d’avocat.

 - Le juriste d’entreprise expert : doté d’une grande expertise en droit et formé à haut niveau, il bénéficie de la capacité à travailler en collectif, en équipe. Cette compétence peut notamment être apprise dans les formations de gestion, comme des formations telle que le DJCE qui permet d’acquérir une connaissance globale de l’entreprise.

- Manager d’équipe juridique : il bénéficie des mêmes compétences que le juriste expert auxquelles s’ajoute une compétence de Management. Il faut avoir une connaissance globale de l’entreprise, un début d’expertise dans le management, la mobilisation, le maniement des équipes, ce que l’on peut apprendre dans des formations complémentaires du droit, de management et de gestion.

- Directeur juridique d’entreprise : il doit  disposer d’une grande d’expertise, d’une capacité de management et en plus de compréhension, voire même de co-définition des grands enjeux stratégiques de l’entreprise. Il participe à leur négociation avec les autres instances de direction de l’entreprise et participe à la direction de l’entreprise. Ce rôle est vrai en France mais encore plus vrai dans ‘les autres pays occidentaux tels que l’Allemagne ou les Etats-Unis où les Directeurs Juridiques sont toujours membre du « board » ou de l’ « executive committee » et donc participe à l’élaboration de la stratégie.

- Le Méta-Juriste : Comme on le dit souvent  « Faire du droit permet de tout faire » . On se rend compte qu’un certain nombre de juriste commencent dans des métiers péri-juridiques ou pas du tout juridique (environ 5% de la population de juriste) mais qui mobilisent, dans leur activité, du droit. A titre d’exemple, des grands Groupesi recrutent des juristes qui exerçaient dans le lobby au niveau européen. Dans nos anciens étudiants du MBA de Paris II, il y en a environ 12%  qui ne font  pas de droit  ou ne font pas  que du droit mais également autre chose.

 

Ces quatre métiers de juriste ne sont pas exclusifs. On peut parfaitement exercer un métier puis un autre. Il y a à chaque fois une exigence de compétence de droit mais aussi de management et de gestion.

 

La gestion et le management ne sont pas uniquement de la comptabilité et de la finance mais également du marketing, du management des hommes, des ressources, de  l’innovation , des organisations.
 

Si l’on prend l’exemple d’SFR, un jeune juriste avait compris les exigences juridiques du métier, au delà des éléments de finance et de comptabilité. En effet, il avait notamment compris la dimension marketing ainsi que ses paramètres, ce qui a eu pour conséquence de l’amener à être promu plus rapidement.

 

Vous avez donc le choix de faire droit et ensuite du management, soit de faire du management puis du droit, l’essentiel étant de varier ses compétences et les adapter au monde de l’entreprise.

 

Les cabinets d’avocats aiment recruter des jeunes qui en plus ont fait une école de commerce en dernière année. Louis VOGEL a décidé en 2007, avec l’AFJE, de créer un diplôme de droit, de gestion et de management, le MBA, afin de permettre aux étudiants d’arriver sur le marché du travail avec cette compétence triple. Ce diplôme est desormais classé avant les diplômes d’HEC, de l’ESSEC, de l’EM Lyon et de l’ESCP. De surcroit  l’université a  des tarifs compétitifs et permet d’obtenir des formations très valorisantes dans le monde du travail.

 

"Il est donc important de constituer un patrimoine de compétence et d’expérience le plus large possible."

 

Il faut constituer un bagage le plus large possible car les carrières étant longues vous voudrez  ou devrez probablement varier d’activité au cours de votre vie professionnelle. Il est donc important de constituer un patrimoine de compétence et d’expérience le plus large possible.

 

Il faut sortir de cette vision d’étudiant où les études de droit ne mènent qu’au métier d’avocat d’affaires et c’est la raison pour laquelle cette conférence est tout à fait pertinente pour les étudiants qui ne connaissent pas nécessairement la palette des métiers de juriste.

QUESTION : Comment combiner ces deux approches juridiques et management ? Est ce qu’on fait une licence ou un Master I en droit pour ensuite intégrer une école de commerce ou est-il préférable de faire un cursus complet de droit pour ensuite faire un Master spécialisé en gestion/management ? 

REPONSE : Il est bien de faire du droit et de compléter par la gestion et le management. En effet, on constate une volonté pluridisciplinaire qui se développe. Est ce que cela justifie de passer 2-3 ans en école de commerce ? Pour devenir juriste avec une compétence en management / gestion c’est trop long, lourd . Le marché du travail valorise pour le droit la bi disciplinarité en un an ou deux ans.

 

Les grands groupes ne sont pas dupes, on sait très bien que les grandes écoles ont deux niveaux de diplômes, le diplôme de grande école et le Master spécialisé. Les MS sont des labels ESCP, ESSEC, HEC etc.… Le CIFOP en ressources humaines arrive par exemple tout aussi bien à permettre de parvenir à certaines hautes fonctions sans passer nécessairement par les grandes écoles. L’université, avec le DJCE, le MBA offre des formations similaires aux grandes écoles et tout aussi reconnues.

  

QUESTION : Le transfert avocat / juriste ne se fait-il pas en pratique que dans un sens : les avocats partent vers les métiers de juristes d’entreprise ?

 

REPONSE : Les cabinets d’avocats ne forment pas vraiment. Ils n’ont pas toujours les structures pour. Les entreprises ont elles en revanche cette pratique.

 

En termes de parcours, on peut très bien passer de cabinet d’avocats à juriste d’entreprise, de juriste à avocat. En entreprise, il y a une porosité du système qui va se développer.

 

Intervention de Madame Mariette Bormann, Directrice Juridique de Malakoff Mederic, sur la question relative au transfert entre le métier d’avocat et celui de juriste d’entreprise
 

Quand on fait ses études on ne sait pas ce qu’on va faire, on essaie de trouver de l’assurance et on pense qu’elle vient par des diplômes ou des stages qui font bien sur le CV ou encore parce que l’on va obtenir telle introduction de son père, sa grand mère ou son oncle.

 

Ou alors on est dans des images figées « je veux passer par un cabinet d’avocat ». Les cabinets d’avocats, petits ou grands, ont l’obsession de la facturation et n’ont pas le temps de former. Lorsque l’on intègre les grands cabinets de bénéficier de son réseau, de sa renommée mais tout dépend surtout du manager que vous aurez ou encore de l’associé. 

 

Il y n’y a pas de vérité entre les grands cabinets, les grandes entreprises. On peut par exemple intégrer une PME dans laquelle le gérant va énormément se reposer sur vous et ou finalement vous serez amené à faire beaucoup de choses, même en dehors du droit.

 

L’important est d’avoir des objectifs, ce qui est nécessairement compliqué à vos âges. Il faut rester très ouvert, sur la technique, l’informatique, les projets, la biotechnologie et prendre des sociétés très diverses qui permettront d’avoir une vision très générale. Il ne faut pas se poser trop de questions mais essayer d’acquérir cette vision globale fondamentale et garder en tête que les entreprises du CAC 40 ne sont assurément pas celles qui recrutent le plus.

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