Le Grand O’ vu par Roseline Letteron, professeur de libertés publiques

Vous êtes admissible au CRFPA et commencez à peine à réviser votre Grand Oral ? Félicitations, vous êtes toujours dans la course ! Et comme il est grand temps de s’y mettre, Carrières-juridiques.com a voulu vous donner un coup de pouce. Nous avons rencontré Roseline Letteron, professeur de libertés publiques à Paris-Sorbonne.

Celle qui est aussi l’auteur du blog « libertés chéries » nous a expliqué ce que le jury attendait d’un candidat et a livré ses conseils pour vous y préparer. Un indice : non, il n’est pas bon de se jeter à corps perdu dans vos bouquins 3 semaines avant le jour J.

 

Carrières-juridiques.com. Qu’attend-on d’un candidat au Grand Oral ?

 

Roseline Letteron. L’épreuve vise à mettre en valeur la culture juridique du candidat. On évalue son aptitude à réfléchir juridiquement davantage que ses connaissances. Il a 45 min d’épreuve et seulement 15 sont consacrées au développement d’un sujet. Le reste du temps, le jury lui pose des questions avec pour objectif de le mettre dans des situations où il doit réagir.

 

C-j.com. Mettre le candidat dans une situation inconfortable aussi parfois …

 

R.L. Oui tout à fait. Un bon avocat doit être extrêmement réactif. Même si vous ne connaissez pas la réponse, vous devez avoir une lecture juridique qui donne des pistes de réflexion. Par exemple : la GPA. Supposons que vous ayez fait l’impasse sur le sujet…. Les questions que vous devez vous poser sont : Quelles est sa définition juridique ? Quels sont les problèmes qu’elle pose ? Qui sont les acteurs d’un éventuel contentieux ? Même si le candidat ne connaît pas bien le sujet, il peut formuler une réponse intelligente.

 

C-j.com. Y a-t-il des erreurs irréparables ?

 

R. L. Se retrouver muet ou totalement à côté du sujet. A part cela, non, on peut toujours se rattraper. Même si vous ne vous souvenez plus d’un arrêt, vous pouvez parvenir à expliquer le droit positif et envisager ses évolutions possibles.

 

C-j.com. L’actualité est au cœur de cette épreuve, quels sujets pourraient être posés cette année ?  

 

R. L. Les questions varient selon le jury. Tous les sujets d’actualité peuvent être posés. On évoquait la bioéthique, c’est une évidence. On peut aussi évoquer le droit de mourir dans la dignité, récemment modifié. Certains spécialistes des libertés publiques sont aussi très attachés au droit des étrangers. La dialectique Sécurité-Liberté est ancienne, mais elle prend une actualité nouvelle avec le terrorisme : l’état d’urgence et le contrôle au faciès par exemple. On pense aussi aux nouvelles technologies, au big data et à l’intelligence artificielle. A titre d’exemple, la question de la justice prédictive est aujourd’hui un sujet très étudié, car elle pose des questions d’impartialité, d’indépendance du juge, etc. Hélas, la liste est loin d’être exhaustive…

 

C-j.com. Il reste trois semaines pour se préparer, avez-vous des conseils ?

 

R. L. Trois semaines, c’est extrêmement court. Ce n’est plus le moment de lire des toute une bibliothèque. Je conseille de ne pas se disperser. Il n’y a pas besoin de tout connaître dans le détail, et il faut parfois se replier sur les trois ou quatre grands arrêts qui résument le droit positif. Mais il faut toujours actualiser, attirer l’attention sur l’actualité d’un sujet. De manière générale, le candidat doit plaider dans le monde qui l’entoure.

 

C-j.com. Et pour gérer son stress ?

 

R. L. Il faut s’entrainer. Souvent, les étudiants perdent leurs moyens car ils n’arrivent pas à gérer leur temps. Je conseille souvent de s’entrainer tranquillement chez soi. On se donne un sujet et 30 minutes pour construire un plan. Lorsque l’on parvient à le faire de manière quasi-automatique, on sait gérer son temps… et son stress.

 

 

C-j.com. Comment muscler ces aptitudes à l’oralité : le rythme, la musicalité, la posture ?

 

R. L. Beaucoup d’étudiants n’osent pas s’entrainer à l’oralité. Au contraire, la bonne méthode est de penser sans arrêt que l’on a en face de soi des personnes à convaincre. Constituer de petits groupes et s’écouter les uns les autres est un bon entrainement. Le plus souvent, vos camarades sont plus sévères qu’un véritable jury.

 

C-j.com. Une question peut parfois paralyser un candidat : où positionner ses mains lorsque l’on s’exprime ?

 

R. L. Il faut être naturel et à l’aise. Faire quelques gestes sans en abuser est permis. Là encore, on peut s’entrainer. Si on a des angoisses, on peut aussi tenir un stylo. Mais attention à ne pas le tuer ! Le stylo subit souvent un mauvais quart d’heure et c’est très éprouvant pour le jury qui finit par s’intéresser beaucoup plus à la santé de l’objet qu’à celle du candidat (rires) !

 

Emilie Coste
@CosteEmilie

 

Roseline Letteron est auteur du Manuel de Libertés publiques (édition 2017) sur Amazon