Changer de métier : cinq personnalités liées au droit livrent leur expérience

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Changer de métier : cinq personnalités liées au droit livrent leur expérience

Difficile pour qui veut évoluer dans sa carrière de trouver une formation ou une méthode inscrite dans le marbre. Pourtant, le droit ouvre la porte à un certain nombre de professions et des passerelles sont possibles pour les personnes (très) motivées.

Antoine Gosset-Grainville, associé confondateur BDGS Associés : Entre institutions publiques et cabinets d’avocats

Son parcours

• 2010-2013 Directeur général adjoint de la Caisse des Dépôts (et DG par intérim).
• 2007-2010 Directeur adjoint du cabinet du Premier ministre François Fillon.
• 2002-2007 Associé chez Gide Loyrette Nouel, à Paris, et responsable du bureau de Bruxelles.
• 1999-2002 Conseiller pour les affaires économiques et industrielles de Pascal Lamy à la Commission européenne.
• 1997-1999 Secrétaire général adjoint du Comité économique et financier de l’Union européenne.
• 1993-1997 Inspecteur des finances.

 

 

"J'ai eu une carrière assez variée, avec des expériences à Paris et à Bruxelles, dans le public et dans le privé. Même si j’en ai pris conscience tardivement, le droit dans sa dimension économique constitue le fil rouge entre tous les métiers que j’ai exercés. Le plus important dans une carrière est de garder une cohérence et un fil directeur entre ses activités successives.

 

Après la Commission européenne, j’ai été avocat en droit européen à Bruxelles par exemple. Ensuite, quand j’étais au cabinet du Premier ministre, la dimension juridique de mon activité était centrale également, même s’il s’agissait de législation économique et de régulation.

 

Redevenir avocat s’est révélé assez naturel pour moi, car j’aime conseiller les dirigeants et les entreprises. Il y a une dimension humaine importante dans ce métier. Et la pratique et les habitudes reviennent très vite. Aujourd’hui, mes diverses expériences passées me sont extrêmement utiles. Certes, il n’est pas possible d’exercer sérieusement la profession d’avocat sans des bases techniques extrêmement solides.

 

Mais, au-delà, il est nécessaire de pouvoir prendre de la hauteur par rapport aux situations auxquelles on est confronté, et de pouvoir appréhender les dossiers dans leur complexité avec des angles différents. Avoir eu la chance d’exercer des responsabilités dans des entreprises ou dans le secteur public facilite grandement la compréhension des attentes de nos clients et des enjeux auxquels ils sont confrontés."

 

Anastasios Ikonomou, responsable M&A chez Vallourec : du cabinet à l'entreprise

Son parcours

• 2008-2016 Responsable juridique division pétrole et gaz, Vallourec.
• 2006-2008 Avocat en M&A chez Bredin Prat.
• 1999-2006 Avocat chez Slaughter & May.

 

 

"J’ai été avocat au barreau de Paris pendant neuf ans. J’ai travaillé dans de beaux cabinets, j’ai pu conseiller des clients internationaux, des blue chips. Au bout d’un moment, j’ai eu envie de faire des choses différentes. J’étais un peu frustré d’intervenir surtout en bout de chaîne et d’être dans l’exécution.

 

En 2008, le marché était porteur, et j’ai rapidement trouvé un poste de responsable juridique en entreprise. Le directeur juridique de Vallourec appréciait les profils de juristes avec une expérience en cabinet. Ce type de profil est valorisé pour plusieurs raisons. D’abord parce que l’avocat, profession libérale par essence, est formé pour gérer ses dossiers de façon autonome. Ensuite parce qu’il a aussi un sens poussé du client.

 

Il ne faut toutefois pas se leurrer : ce n’est pas une sinécure mais un véritable challenge. Pour un exemple de transition réussie, vous avez de nombreux échecs. C’est un changement qui vous oblige à sortir de votre zone de confort. À l’inverse des avocats, les juristes ne constituent pas le coeur de métier de l’entreprise. Vous devez être capable d’accompagner votre entreprise partout où elle en a besoin, et démontrer en permanence la pertinence de votre valeur ajoutée. Il faut aussi avoir de la souplesse intellectuelle et de l’agilité.

 

Pour que le changement se passe bien, il faut choisir un secteur d’activité qui vous plaise. Moi, l’industrie m’a toujours fasciné. En contrepartie, c’est extrêmement enrichissant, je ne regrette absolument pas mon choix."

 

Régis Turrini, directeur de la banque d’investissement chez UBS en France : de l'avocat au banquier

Son parcours

• 2018-2019 Senior advisor chez Deloitte.
• 2016-2018 Responsable régulation et stratégie d’Altice, secrétaire général de SFR.
• 2014-2015 Directeur de l’Agence des participations de l’État (APE).
• 2003-2014 Senior executive vice president chez Vivendi.
• 1995-2002 Managing partner au sein de la banque d’affaires Arjil.
• 1992-1995 Avocat chez Jeantet.
• 1989-1992 Avocat chez Cleary Gottlieb Steen & Hamilton.

 

 

"Quand j’ai commencé mes études, je voulais passer l’agrégation et être professeur de droit. J’avais un goût prononcé pour le droit administratif. Mes professeurs m’ont conseillé de faire Sciences Po pour compléter ma formation, puis j’ai assez naturellement tenté l’ENA. À l’époque, c’était assez rare, mais après l’ENA je suis devenu avocat, d’abord chez Cleary Gottlieb Steen & Hamilton en M&A, puis chez Jeantet où j’ai fait surtout du droit public et du droit de la concurrence.

 

Le métier d’avocat ne me convenait pas totalement. J’avais l’impression d’intervenir en fin de chaîne. On m’a ensuite proposé de rejoindre une banque d’affaires sous l’angle juridique. Ce qui m’a intéressé puisqu’au-delà du droit, j’étais aussi attiré par les chiffres. Puis j’ai fini par trouver Excel plus intéressant que Word ! Après, je n’ai jamais revu directement le droit dans mes autres métiers, sauf chez Altice où j’étais chargé de la régulation mais c’est autant du business que du droit à proprement parler.

 

En France, contrairement aux États-Unis par exemple, il est difficile de changer de voie, sauf pour un avocat qui veut rejoindre une direction juridique en entreprise. On met les gens dans des cases. Il faut donc se prendre en main, accepter parfois de reculer de plusieurs pas, faire des efforts pour étendre son réseau, et ne pas prendre cette décision de changement trop tard dans sa carrière. Si vous êtes trop installé cela devient encore plus compliqué. Même si en réalité, les excellents avocats ou juristes, qui ont le droit dans le sang, n’ont aucune raison de changer.

 

Aujourd’hui, après vingt ans en entreprise et dans l’administration, je suis redevenu banquier d’affaires ; mes différentes expériences m’ont permis de cocher à peu près toutes les cases et de comprendre tous les tenants et aboutissants des deals. Connaître le droit est un plus car les financiers travaillent main dans la main avec les avocats et toute transaction a une traduction juridique."

 

Valentine Baudouin, copartner, Founders Future : du droit à l'investissement

Parcours

• 2014-2019 Avocate chez Kramer Levin.
• 2013 Vice-president, investment compliance chez Citi.
• 2009-2013 Legal counsel chez Banco Santander.
• 2007-2008 Avocate chez Gide.

 

 

"J’ai étudié droit car à l’époque je ne savais pas encore ce que je voulais faire et on m’avait dit que le droit menait à tout. Cela m’a menée au métier d’avocat. J’ai commencé chez Gide en marchés de capitaux et j’ai ensuite intégré la société de gestion alternative du groupe Santander sur la partie juridique avant d’arriver chez Citibank à Genève. De retour en France, j’ai rejoint le cabinet d’avocats Kramer Levin dans l’équipe finance alternative.

 

C’est dans ce contexte que j’ai rencontré Marc Menasé, fondateur de Founders Futures. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à investir à titre privé dans des fintechs et des legaltechs, comme Hyperlex ou Alma.

 

Depuis que je suis chez Founders Future, je n’ai pas eu réellement l’impression d’avoir changé de métier. En tant qu’avocate, je faisais du conseil. Chez Founders Future, nous combinons apport financier et accompagnement et conseil opérationnel, la dimension conseil étant prépondérante. J’ai la chance en revanche d’être entourée d’entrepreneurs passionnés et de faire partie d’une équipe au dynamisme débordant. C’est une motivation au quotidien et cela contribue sans aucun doute au développement rapide de nos activités."

 

Franck Guiader, responsable, Gide 255 : du régulateur au cabinet d'avocats

Son parcours

• 2011-2018 Responsable fintech et innovation et responsable de la gestion d’actifs, AMF.
• 2006-2010 Senior manager business development, strategy and products chez Euronext.
• 2003-2006 Chargé d’affaires institutionnel chez BNP Paribas.
• 2001-2003 Analyste financier chez Lazard.

 

 

"Un changement de métier, c’est avant tout le fruit d’une rencontre. J’ai connu Gide lorsque je travaillais en M&A chez Lazard. J’ai également travaillé avec le cabinet lorsque j’étais à l’AMF, et notamment avec Stéphane Puel (managing partner de Gide, ndlr), qui est un visionnaire.

 

J’ai toujours aimé prendre des risques et ne pas rester dans ma zone de confort. D’ailleurs, je donne parfois des cours et je dis souvent aux étudiants de penser à plusieurs carrières, car on est de plus en plus appelé à changer de métier au cours de sa vie. Il faut en permanence se former à de nouvelles technologies, de nouveaux sujets et préparer le changement. Ce sont les expertises multiples qui font la compétence. Et je crois que ce qui peut mener à la lassitude dans un poste, c’est de s’inscrire dans une ligne trop droite.

 

En arrivant chez Gide, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir changé de métier, j’avais fait du conseil auparavant et grâce à mes sept années passées à l’AMF, le droit ne m’était pas inconnu, même si l’organisation d’un cabinet d’avocats ne m’était pas familière. J’ai été séduit par la possibilité d’'intraprendre' chez Gide, ce qui m’a permis de développer une offre de conseils sur un nouveau segment avec de nouvelles problématiques. On est à mi-chemin entre le conseil en stratégie et le conseil juridique, ce qui est novateur. J’oeuvre avec de nombreuses practices au sein du cabinet sur des mandats en commun liés à l’innovation."

 

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