Société générale : 1100 professionnels pour assurer la sécurité juridique

Société générale : 1100 professionnels pour assurer la sécurité juridique

Directeur juridique du groupe Société générale depuis 2014, Dominique Bourrinet et les 1 100 juristes que compte le groupe assurent au quotidien la gestion des risques juridiques de la banque sur l’ensemble de ses implantations en Europe de l’Ouest, en Europe centrale & orientale, en Russie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud ainsi qu’en Asie-Pacifique. En étroite relation avec le business et les autres directions centrales (conformité, risques, etc.), Dominique Bourrinet et ses équipes ont un rôle clé au sein de la banque en contribuant à renforcer la relation de confiance nouée avec leurs clients. Le comité de direction groupe se compose quant à lui d’une soixantaine de cadres dirigeants dont les responsables des 17 business units (métiers, régions) et 10 service units (fonctions support et de contrôle) font partie. Cet organe se réunit plusieurs fois par an pour échanger sur la stratégie et les questions d’intérêt général du groupe.

Dominique Bourrinet commence sa carrière dans le groupe BNP Paribas au sein de la cellule eurocrédits. Il rejoint ensuite le groupe de conseil et de formation Cegos en qualité de chargé de missions, notamment pour le compte du Fonds social européen. Il a ensuite exercé trois ans au sein du cabinet d’avocats Brizay London à Paris, puis a intégré la Société générale en 1994 avant de rejoindre la Direction juridique du groupe. Il occupe la fonction de directeur juridique du groupe depuis 2014.

 

Carrières Juridiques.Comment s’organise la direction juridique de la Société générale ?

Dominique Bourrinet. La direction juridique de la Société générale est organisée en mode hiérarchique pour tous les juristes qui y sont rattachés, et en mode fonctionnel pour les juristes travaillant dans les filiales. Un comité exécutif et un comité de direction, qui fait office de « mini-parlement » de la filière juridique, m’assistent dans mes fonctions. Nous entretenons par ailleurs un lien étroit avec la direction de la conformité du groupe.

 

Quel est votre rôle en tant que directeur juridique de la Société générale ?

Ma mission principale consiste à assurer la maîtrise des risques juridiques de la banque et à superviser et animer la filière juridique. La détermination des politiques juridiques et la conduite des litiges ont bien entendu une place importante dans mon agenda, auxquelles s’ajoute le management d’équipes nombreuses et variées. Ces tâches « régaliennes » se doublent de missions plus spécifiques comme  l’accompagnement juridique des évolutions du groupe, notamment en matière digitale, ou l’accueil des nouvelles technologies au sein de la direction juridique. Je m’efforce, pour ce faire, d’être à l’écoute des équipes et des autres parties prenantes au sein du groupe et d’insuffler une culture de confiance et d’autonomie, qui n’exclut pas le contrôle bien entendu.

 

Faites-vous appel à des prestataires externes pour certaines de vos missions ?

Rarement. Nous demandons plutôt aux juristes d’identifier les modes opératoires qui pourraient être améliorés dans le cadre de leurs prestations. Nous avons lancé le programme Gap Analysis qui a permis de rassembler plus de 150 suggestions dont 85 % ont été transformées. Nous avons également lancé un plan de transformation stratégique afin de capitaliser sur les nouvelles offres technologiques. Deux projets
de start-up internes sont actuellement pilotés par des juristes au sein de la Société générale.

 

Faut-il désormais développer d’autres compétences que la technique juridique quand on est directeur juridique ?

Oui. Les équipes nombreuses nécessitent un encadrement managérial qui permet aux juristes de travailler de façon responsable et autonome. Pour conduire les évolutions attendues, il faut être capable de conduire le changement. Pour s’assurer de la parfaite cohérence de l’action de la direction juridique avec la stratégie de l’entreprise, il faut avoir une bonne connaissance du business de l’entreprise et ne pas hésiter à faire valider régulièrement la stratégie de la direction juridique par le management de la banque. Il faut aussi être en mesure de saisir les enjeux liés au numérique et aux données qui vont changer
les fonctions juridiques.

 

L’entreprise peut-elle utiliser le droit comme un outil stratégique de sa performance ?

Oui, à différents titres : d’abord en contribuant à faire de la conformité juridique un atout stratégique et concurrentiel. Les banques, notamment, ont un statut reconnu de tiers de confiance qui prendra une importance croissante dans l’économie numérique. Les juristes d’une banque ont un rôle à jouer dans le développement de cette relation de confiance en veillant, avec l’appui des services de la conformité, au respect des règles par l’entreprise sans lequel cette relation de confiance ne peut prospérer. La direction juridique peut aussi contribuer à identifier des axes de développement permettant de transformer des contraintes réglementaires en opportunités commerciales stratégiques. Enfin, elle peut aussi, le cas échéant, identifier par elle-même des opportunités de business. Ainsi, nous développons deux projets de startup internes autour de sujets juridiques dans le cadre d’un programme du groupe dénommé Start Up Call.

 

Selon vous, quelle place occupe aujourd’hui le directeur juridique au sein de l’entreprise ?

La mission centrale du directeur juridique reste toujours d’assurer la sécurité juridique de l’entreprise. Mais les qualités requises évoluent à mesure que l’importance de la fonction juridique elle-même grandit : capacité de prendre la mesure des enjeux stratégiques que représentent désormais le droit et la réglementation, capacité d’insuffler et d’accompagner les évolutions de l’entreprise notamment dans le secteur digital, capacité d’adapter sa propre direction à ces enjeux et évolutions.


PROPOS RECUEILLIS PAR MARINE CALVO