ROSS : l'intelligence artificielle au service des avocats

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Les start-up n’en finissent pas de lancer de nouveaux services bouleversant le monde du droit. Créé à l’Université de Toronto en 2014, Ross Intelligence est une application fournissant des réponses instantanées aux questions juridiques que lui posent les avocats. 

ROSS qui es-tu ?

 

Développée depuis 2014 à L’Université de Toronto et désormais présent dans la Silicon Valley, l’application ROSS est un digital legal expert qui connait les textes législatifs et la jurisprudence sur le bout des doigts. Il est capable d’analyser toutes les sources juridiques pour fournir une réponse instantanée. Pour cela, ROSS s’appuie sur un système d’intelligence artificielle de taille : IBM Watson, qui repose sur la compréhension du langage familier et est notamment connu pour avoir gagné le jeu télévisé « Jeopardy! » aux États-Unis, face à des candidats plus « classiques ».  

 

Il ne s’agit pas d’une simple recherche par mots clés. L’avocat sollicite ROSS comme il le ferait naturellement avec un collaborateur. De son côté, l’application analyse les données légales et séléctionne les éléments pertinents pour construire un raisonnement. En résulte une réponse structurée et argumentée comportant les sources légales pour répondre à la problématique juridique du dossier et des liens vers des articles pour une approche plus poussée.

« Chaque jour je suis impressionné par notre progrès et la qualité de notre équipe, pendant que l'on continue de grandir on augmente et multiplie les fonctionnalités de ROSS » s’enthousiasme Thomas Hamilton, le directeur de la recherche juridique et premier salarié de la startup. 

 

Mais ROSS a également la capacité d’apprendre de son expérience. Son utilisation le rend donc efficient grâce à un apprentissage automatique (machine learning[1]). Plus il sera sollicité, plus il deviendra un fidèle partenaire capable de fournir un travail de qualité. Andrew M.J. Arruda, CEO et Co-fondateur de Ross Intelligence, ambitionne d’ailleurs de créer l’avocat le plus intelligent du monde. ROSS va plus loin que la simple recherche puisque son analyse rapide des données lui permet de préciser les nouveaux textes ou décisions de justice qui peuvent survenir et impacter une affaire en cours. Il a donc tout du parfait allié de l’avocat de demain.

 

Il faut néanmoins préciser qu’un robot reste limité. Des compagnies comme Google cherchent à développer un système capable de faire des connections et interprétations d’informations afin d’être en mesure de donner un avis indépendant. Etre capable de penser comme un humain, et donc comme un avocat semble possible selon le géant du net. Pour le moment, ROSS ne semble pas en être à ce stade. Il remplit le rôle d’un assistant ou collaborateur junior de premier choix, capable d’effectuer l’harassant travail de recherche en un temps record, sans manquer une information. Un outil précieux de recherche et de veille, utile aux avocats « pour augmenter leur propres productivité et efficacité » comme le précise Thomas Hamilton. « Même si on a vu beaucoup de progrès en intelligence artificielle, on est quand même très loin du jour où les humains ne seront pas l’élément essentiel de chaque produit d’intelligence artificielle en "legaltech" ».

 

Le soutien de Dentons avec NextLaw Labs

 

Bénéficiant en juin 2015 du soutien de l’accélérateur de startups Y Combinator, ROSS  profite également d’un accord avec NextLaw Labs, l’accélérateur d’entreprise du cabinet d’avocats Dentons. Cette filiale investit dans des sociétés innovantes afin de permettre la mise en œuvre de nouvelles technologies révolutionnant la pratique du droit, en améliorant le service client.

 

 « Environ un tiers  du temps facturable des collaborateurs est consacré à la recherche juridique, précise Dan Jansen, CEO de NextLaw Labs, dans une interview donnée à Carrières-Juridiques.com. Le but de Ross est de faciliter cette étape et permettre aux avocats de consacrer plus de temps à leurs dossiers. Ce service (…) illustre les différents types de solutions sur lesquelles nous travaillons et que nous espérons mettre prochainement à la disposition des clients de Dentons. »

 

Des débuts commerciaux prometteurs

 

Depuis le début de sa commercialisation, trois cabinets d’avocats ont saisi l’occasion d’avoir ROSS comme partenaire. « ROSS crée de valeur pour les cabinets et leur permet d’améliorer l’efficacité de la recherche » souligne Thomas Hamilton.

 

Le premier, BakerHostetler, en a fait acquisition il y a un mois à peine, à l’occasion de son centième anniversaire « Chez BakerHostetler, nous pensons que les nouvelles technologies comme l’informatique cognitive et les autres formes de machine learning permettent d’enrichir les services que nous proposons à nos clients » explique Bob Craig, du département Information du cabinet.

Plus récemment, ce sont les cabinets Latham & Watkings ainsi que von Briesen & Roper qui ont été séduit par Ross.  « Nous explorons beaucoup d’applications intéressantes pour utiliser l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique et d’autres outils informatiques cognitifs dont nous sommes vraiment ravis de piloter et déployer au service de nos clients » se réjouit Kenneth Heaps, directeur de l’information chez Latham & Watkings, auprès d’American Lawyer[2].

 

 

Lorsqu’on évoque une arrivée prochaine sur le vieux continent, Thomas Hamilton répond « Notre but est de mettre ROSS dans les mains de tous les avocats, et on aime bien l’idée d’une arrivée en Europe! ». Alors, see you soon ROSS !

 

Valérie CROMER

@valerie_cromer

 

[1] Développement de méthodes permettant à une machine (au sens large) d'évoluer par un processus systématique. Ainsi elle est capable de remplir des tâches difficiles ou impossibles à remplir par des algorithmiques plus classiques.

[2] Jennifer Henderson, Latham, Wisconsin Firm Reach ROSS Intelligence Partnerships, 20 mai 2016, http://www.americanlawyer.com/