Nouvelle formation à l'EFB : décryptage avec Pierre Berlioz, directeur de l'école

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Professeur de droit à l’Université Paris Descartes et ancien Conseiller du Garde des Sceaux, Pierre Berlioz est, depuis janvier 2018, à la tête de l’École de formation professionnelle des barreaux du ressort de la Cour d’appel de Paris (EFB). Le jeune directeur incarne aujourd’hui la révolution que connaissent les enseignements dispensés à l’EFB.

Après la réforme tant attendue de l’examen d’entrée aux CRFPA (Centre Régional de Formation Professionnelle des Avocats), c’est la formation des élèves-avocats qui est au cœur des débats. Ce chantier, entamé depuis plusieurs années et plus récemment suite au rapport Haeri sur « L’avenir de la profession d’avocat », part d’un constat simple : la formation des élèves-avocats n’est pas adaptée à la profession. Raccourcir la durée de la formation, supprimer le PPI, favoriser l’alternance ; les idées ne manquent pas, encore faut-il faire le bon choix.

 

UNE FORMATION INADAPTEE A LA PROFESSION

 

Alors que les étudiants ont généralement passé cinq années sur les bancs de la faculté, parfois une année entière à réviser pour réussir l’examen d’entrée aux CRFPA, ils intègrent enfin l’école de formation des barreaux avec une seule idée en tête : apprendre à devenir un véritable avocat. Pour beaucoup, la déception est grande lorsqu’ils découvrent la période obligatoire de six mois de cours. Selon le directeur de l’EFB, « cette insatisfaction est liée au caractère redondant de la formation avec celle dispensée à l’université. Les élèves-avocats souhaitent intégrer une école professionnalisante, qui enseigne la pratique professionnelle de façon à développer les réflexes de base lorsqu’ils entrent en stage, puis lorsqu’ils deviennent avocat ». C’est pourquoi l’EFB a mis en œuvre, depuis sa rentrée 2018,  un nouveau programme pédagogique et ainsi supprimé l’ensemble des cours théoriques de la formation afin de se consacrer à la pratique de la profession.                  

 

UNE NOUVELLE FORMATION A l’EFB

 

Pierre Berlioz a pris la tête de l’EFB au moment même où l’école venait de réformer son programme pédagogique. Au programme, des cours pratiques où les élèves apprennent notamment à gérer un dossier, du rendez-vous client à la décision de justice. En outre, « il est important pour l’EFB que l’élève-avocat soit initié à la gestion d’un cabinet, à la recherche de clients mais aussi à la communication, au marketing et au numérique. » déclare le directeur. Selon lui, le seul cours « théorique » maintenu, même s’il n’aime pas le qualifier ainsi, est la déontologie. « Là encore, nous essayons d’être le plus concret possible notamment en incitant nos élèves à assister à des commissions de discipline, à des événements du conseil de l’Ordre, et en organisant des ateliers pratiques. L’objectif n’est pas que les élèves voient la déontologie comme une matière morte, mais au contraire qu’ils la voient comme consubstantielle à la profession. » Par cette refonte du programme, l’EFB souhaite dépoussiérer une formation qui selon Pierre Berlioz « allait droit dans le mur ».

 

UNE FORMATION DISPENSEE PAR DES AVOCATS ET DES JURISTES

 

Plus de 700 professionnels du droit interviennent au sein de l’EFB. Si une partie des enseignements est magistral, nombreux sont ceux mis en pratique dans de plus petits groupes de travail. Ces cours sont dispensés par des avocats, des magistrats et par des notaires, notamment pour les cours en droit de la famille. Mais pour Pierre Berlioz un constat est évident : un nombre significatif d'élèves avocats se destinent à la profession de juriste d'entreprise. « En effet, beaucoup de directions juridiques demandent aujourd’hui aux candidats d’être titulaire du CAPA, et nombres d’élèves basculeront au bout de quelques années dans le monde de l’entreprise. Il est certain que l’EFB forme un grand nombre de juristes. » constate-t-il. De ce fait, le nouveau directeur de l’EFB souhaite que les directions juridiques prennent part à la formation en elle-même. « Il serait pertinent que les directions juridiques participent en tant qu’intervenants, et de développer des modules communs aux entreprises et aux avocats afin d’apporter aux élèves une formation d’avocat au contact des juristes. De plus, elles pourraient participer au financement des écoles, notamment par le versement de la taxe d'apprentissage, que nous demandons aux pouvoirs publics de pouvoir à nouveau percevoir.»

 

DE 18 MOIS A 12 MOIS DE FORMATION ?

 

Le Conseil national des barreaux se penche depuis plusieurs années sur la réforme de la formation  des élèves-avocats. Selon le directeur de l’EFB, « Le projet tel qu’adopté par la précédente mandature du CNB n’est pas pleinement satisfaisant ». « Raccourcir la durée de la formation juste pour raccourcir » et supprimer le PPI ; pour lui ce n’est pas envisageable. « C’est un signal négatif de supprimer le PPI, les élèves-avocats ont besoin de s’ouvrir aux autres professions du droit. Je comprends que certains élèves trouvent cette période de PPI trop longue car trop éloignée de leur projet professionnel immédiat, mais je trouverais dommage de le supprimer. » A l’inverse, Pierre Berlioz penche pour un renforcement du stage en cabinet, « les élèves sont fatigués d’apprendre et ont envie de travailler, il faudrait donc densifier le stage » déclare-t-il. Pour ce faire, si la formation doit se dérouler sur 12 mois et non plus 18 mois, le directeur de l’EFB est favorable à la mise en place de l’alternance : « On pourrait rallonger le stage et le passer en alternance. Par exemple, avoir un stage de 9 ou 10 mois, avec 2 mois d’un PPI rénové. »

 

L’INNOVATION A L’EFB

 

Afin d’épouser le virage du numérique, l’EFB a mis en place le Lab EFB. L’objectif étant de mettre à disposition des élèves-avocats les outils nécessaires pour leur permettre de développer des projets innovants. Le directeur fraîchement en poste le sait, de nombreux élèves-avocats sont motivés par l’innovation et le numérique, c’est pourquoi « un parcours optionnel « Talent et innovation » permettant aux élèves de développer un projet de manière approfondie a été créé ». Seuls ou à plusieurs, les élèves-avocats peuvent profiter d’un accompagnement personnalisé. Le chef de projet va ainsi recueillir leurs besoins et les aider à mobiliser techniciens et spécialistes pour les assister dans la conception du projet. « Une fois que l’élève-avocat prête serment, si le projet a bien avancé, il a vocation à candidater à l’incubateur du barreau de Paris. » précise Pierre Berlioz. Innovation et nouveau programme pédagogique ; l’EFB souhaite se moderniser afin d’offrir une formation plus adaptée aux besoins des élèves-avocats.

 

Clémentine Anno & Pierre Allemand