Rencontre avec Nathalie Rocher, notaire issue du "tirage au sort Macron"

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La loi dite « Macron » du 6 août 2015 a permis la création de 668 nouveaux offices notariaux et la nomination de 683 nouveaux notaires. Nathalie Rocher fait partie de ces professionnels qui ont été désignés en France en 2017. Elle nous raconte comment elle a relevé ce défi.

Après avoir appris des plus grands au sein des études Monassier & Associés et Régnier Notaires, Nathalie Rocher prête serment fin 2017 et crée Rocher Notaires. La jeune notaire nous accueille dans ses locaux rue Marsollier à Paris, qu’elle et son équipe occupent depuis seulement deux semaines. 


Nathalie Rocher ne voulait pas être notaire. « Je n’ai pas choisi le notariat, j’en avais, à l’époque, une vision assez triste », souligne-t-elle. Après l’obtention de sa maîtrise en droit des affaires, elle intègre le diplôme de Juriste conseil d’entreprise (DJCE) de Rennes et choisit un parcours spécialisé en droit des affaires et fiscalité. Son objectif à l’époque : devenir juriste d’entreprise, alors qu’une grande majorité de ses camarades se destinent à devenir avocats. C’est une rencontre hasardeuse dans un café breton qui va bouleverser ses projets professionnels. Alors qu’elle prépare un entretien pour un poste de juriste d’entreprise, elle fait la connaissance d’un notaire « très bien habillé » qui lui fait savoir qu’il recherche un titulaire du DJCE pour intégrer son étude. Nathalie Rocher rejoint alors l’équipe de Philippe Pinson en 2004, année de la création du pacte Dutreil. « Nous n’avions pas du tout de recul à la suite de l’entrée en vigueur de la loi Dutreil et, très rapidement, j’ai dû me mettre à la rédaction d’actes pour lesquels nous n’avions pas encore de modèles. J’ai trouvé ça passionnant ! », s’exclame Nathalie Rocher.


LE NOTARIAT SINON RIEN

À la suite de cette expérience rennaise, Nathalie Rocher intègre le Master 2 droit notarial à la Sorbonne, qu’elle obtient en 2006. Active et ambitieuse, elle cherche à compléter son expérience professionnelle,
en parallèle des cours dispensés à l’université. « J’ai eu de la chance, car l’étude Monassier et Associés recherchait quelqu’un pour intégrer le service transmission d’entreprises. Ce sont précisément les problématiques que j’avais traitées auparavant. Ils avaient besoin de quelqu’un très vite, j’ai donc été engagée à temps partiel, pour finalement y rester jusqu’en 2016 », précise Nathalie Rocher. Elle le sait, travailler aux côtés de Bernard Monassier fut un privilège. « C’est l’un des personnages du notariat qui a beaucoup marqué la profession, et l’un des premiers à avoir affirmé que le notaire pouvait faire autre chose
que du droit de l’immobilier et du droit de la famille. » En l’observant, elle apprend à gérer le client, les problématiques familiales. « J’ai eu la chance de toujours travailler avec des notaires passionnés par leur
profession et qui ont su me transmettre cela. »

 

En novembre 2016, elle rejoint Régnier Notaires et parallèlement, dans le cadre de la loi dite « Macron », dépose une demande de nomination sur un office notarial à créer. « Je ne voulais pas avoir de regrets, c’est la raison pour laquelle j’ai horodaté », précise Nathalie Rocher


FAIRE LE SAUT

À sa grande surprise, son nom est tiré au sort, ce qui lui donne le droit d’installer sa propre étude notariale. Au début, Nathalie Rocher n’est pas convaincue par l’idée de créer son étude et hésite à se lancer, d’autant qu’elle se plaît énormément chez Régnier. Elle qui imaginait construire sa carrière professionnelle au sein d’une grande structure solide ne veut pas « repartir de zéro ». Lors de la première vague en novembre 2016, environ 90 notaires sont tirés au sort à Paris. Pour elle, c’est une chance qu’il faut saisir, et surtout un challenge qu’il faut relever. « Quand on se lance, on se dit que ça ne va pas être facile, ajoute Nathalie Rocher. Mais cette opportunité me permettait aussi d’envisager des choses nouvelles, de pouvoir créer une structure dédiée, de m’associer avec d’autres personnes et de manager différemment. »

Après en avoir discuté avec les associés de l’étude Régnier Notaires qui lui apportent leur soutien dans le cadre d’un partenariat, la décision est prise. 


UNE STRUCTURE DÉDIÉE AUX ENTREPRISES

En créant sa structure, Nathalie Rocher sait où elle va. Ce qu’elle souhaite, c’est « créer une structure dédiée à la transmission d’entreprises, au droit des affaires et au droit rural. » Pour y parvenir, elle veut s’entourer de spécialistes dans ces domaines. Actuellement, deux clercs de notaire, spécialisés en droit des affaires et fiscalité, ainsi qu’un stagiaire spécialisé en droit rural, qu’elle souhaite embaucher 
rapidement, forment son équipe. « L’objectif n’est pas de rester dans une toute petite structure, mais de grandir en offrant des services haut de gamme, notamment en termes de conseil, dédiés aux chefs d’entreprise sur ces problématiques particulières. »

 

La volonté de Nathalie Rocher, c’est de mettre en avant l’aspect conseil du notaire plus que l’aspect rédacteur d’actes. « D’une manière générale, les notaires veulent changer l’image de “rédacteurs d’actes” que l’on a d’eux en communiquant sur le fait qu’ils peuvent faire du conseil de qualité », affirme Nathalie Rocher.


LE NOTARIAT MODERNE

Au-delà de l’aspect notaire-conseil, c’est la profession en général qui change et se modernise, notamment sur les aspects pratiques. En découvrant les lieux, nous sommes marqués par l’absence de papier
dans le bureau de Nathalie Rocher. Elle nous explique qu’« aujourd’hui on ne fonctionne plus qu’avec l’informatique, on ne signe plus de papier ». L’acte et la signature électroniques ont remplacé les dossiers
encombrants qui caractérisaient la profession. Désormais, il n’est plus indispensable de se déplacer pour signer un acte. « Si le vendeur est à Nice et l’acquéreur à Paris, la signature de l’acte peut se faire par
visioconférence, c’est la révolution ! », illustre Nathalie Rocher. Malgré un processus d’installation des systèmes informatiques qui est très lourd, afin de garantir la sécurité dans la circulation des données personnelles, cette révolution numérique est un réel gain de temps pour les notaires. Pour Nathalie Rocher, tout cela est aussi synonyme d’une meilleure qualité de vie. « Je pense que l’on a une meilleure qualité de vie dans un office notarial à Paris plutôt que dans un cabinet d’avocats, sur le plan du stress. » Selon elle, créer son étude et être associé permet de gérer son temps, son rythme et ses dossiers. « C’est une nouvelle physionomie du métier », conclut Nathalie Rocher.


CLÉMENTINE ANNO