"On ne veut pas de sous-avocat" : rencontre avec Carbon de Sèze, candidat aux élections au bâtonnat de Paris

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Faisant l’économie d’un colistier, Carbon de Sèze se présente seul au poste de bâtonnier, estimant le poste de vice-bâtonnier comme une hérésie. Il nous a livré son avis sur les questions de la collaboration libérale, de l’avocat d’entreprise, ou encore des plateformes numériques.

 

" Mon programme s’articule autour de 3 points essentiels. Tout d’abord, j’envisage la création d’une agence de fixation et de recouvrement des honoraires, l’instauration d’une formation à la révolution numérique et la mise à disposition d’outils numériques.

 

A mon sens, il est indispensable que les avocats soient informés de ce que proposent les nouvelles technologies et que les cabinets soient dotés des outils numériques nécessaires. "

 

 

Carrières-Juridiques.com. Pourquoi vous présentez-vous au bâtonnat ?

 

Carbon de Sèze. Deux enjeux m’ont poussé à présenter ma candidature. D’une part, il existe aujourd’hui un fossé entre l’Ordre et les 29 000 avocats au barreau de Paris. L’idée serait de passer d’une logique d’usager à une logique de consommateur. Les avocats ne sont pas assez proches de l’Ordre, ils ne se sentent pas concernés par ses actions.  Beaucoup de confrères ne comprennent l’intérêt de l’Ordre que lorsqu’ils sont obligés d’y avoir recours. Il faut nécessairement rapprocher les avocats de l’Ordre.

 

« Je ne me résigne pas à ce désintérêt croissant pour notre Ordre »

 

Mon programme s’articule autour de 3 points essentiels. Tout d’abord, j’envisage la création d’une agence de fixation et de recouvrement des honoraires, l’instauration d’une formation à la révolution numérique et la mise à disposition d’outils numériques. A mon sens, il est indispensable que les avocats soient informés de ce que proposent les nouvelles technologies et que les cabinets soient dotés des outils numériques nécessaires.

 

D’autre part, l’enjeu du secret professionnel des avocats dans le contexte électoral à venir doit être une priorité pour l’Ordre. Les avocats doivent bénéficier d’un secret professionnel absolu.

 

C-J.com. Pourquoi seul ?  

 

C. de Sèze. Je me présente seul car le vice-bâtonnat ne fonctionne pas. Pour preuve, le vice-bâtonnier n’a aucune prérogative propre, le bâtonnier pouvant certes déléguer une partie de ses pouvoirs au vice-bâtonnier, mais également décider de ne pas l’impliquer pleinement dans ses missions. On a pu remarquer que depuis sa création en 2009, ce rôle de vice-bâtonnier est un échec. Les différents duos n’ont pas réussi à apporter de réels résultats et de légitimité au vice-bâtonnat. En outre, d’un point de vue pragmatique, le vice-bâtonnat engendre de nombreux frais supplémentaires : un salaire, un chauffeur… Le coût est multiplié par deux, et les résultats sont absents. Voilà pourquoi je me présente seul aux élections au bâtonnat de Paris. De même, dans un souci d’économie, j’ai lancé une pétition pour demander un moratoire sur le lancement du projet de construction de la Maison de l’Ordre des Avocats de Paris (MODA). Ce projet est un investissement sans précédent qui va engager nos finances communes pour plusieurs décennies. Un débat public est indispensable.  

 

«  Cette "MODA" représente un coût total estimé entre 80 et 100 millions d'euros. »

 

C-J.com. Quel est votre point de vue concernant les legaltech ?

 

C. de Sèze. Les legal start ups ne me font pas peur. Il faut s’en emparer dans le sens où c’est un très bon marché pour tous les collaborateurs qui veulent développer leur clientèle. Il est toutefois nécessaire que cette intervention se fasse dans le  respect des règles de déontologie. On pourrait envisager de racheter des plateformes de conseil juridique.

 

« Il faut cesser de se battre contre les legal startups, il faut s’en emparer »

 

C-J.com. Le statut de la collaboration libérale doit-il évoluer ?

 

C. de Sèze. Le statut de la collaboration libérale est satisfaisant. Il est toutefois nécessaire, avant toutes choses, d'en assurer le respect effectif, en mettant un terme aux dérives auxquelles s’adonnent certains avocats envers leurs collaborateurs, mais également en assurant une motivation stricte et rigoureuse des sentences arbitrales rendues en la matière.. Pour y parvenir, il faudra : faire usage des prérogatives de contrôle dont dispose l'ordre, une meilleure communication sur les sanctions, une meilleure sélection et formation des délégués du bâtonnier à l'arbitrage.

 

C-J.com. Qu’en est-il du statut de l’avocat d’entreprise ?

 

C. de Sèze. La question appelle en réalité deux débats. D’une part, la fusion du juriste avec l’avocat, pour laquelle je ne suis pas favorable tant qu’une définition du périmètre du juriste d’entreprise n’aura pas été clairement établie. Il conviendrait à ce titre de fixer des critères précis en termes d’années d’exercice en entreprise, de chiffre d’affaires et du nombre de salariés de l’entreprise par exemple. D’autre part, le statut de l’avocat en entreprise est une utopie, nous ne voulons pas de sous-avocats. L’indépendance inhérente à l’avocat se confronterait, en entreprise, au lien de subordination de l’employeur et impliquerait automatiquement des requalifications en contrats de travail. En outre, lorsqu’un avocat choisit d’intégrer une entreprise, cela ne devrait pas impliquer son omission automatique. 

 

« On ne veut pas de sous-avocat »

 

C-J.com. Pensez-vous que la formation à l’école des avocats doit être repensée ?

 

C. de Sèze. En 2018 le barreau va accueillir 4000 nouveaux confrères, il faut se préparer. Il y a un nombre trop important d’étudiants à l’EFB, la formation génère trop de déceptions. Il est certain que le barreau doit avoir la main sur les flux d’entrée, il doit reprendre la main sur les Instituts d’Etudes Judiciaires (IEJ). Ces IEJ ont lancé une véritable compétition avec les droits d’entrée, qui leur assure chaque année une rentrée d’argent importante.

 



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Propos recueillis par
Pierre Allemand @pierre_ald & Clémentine Anno @clementine_anno