Organiser le cap de la maternité

  • Publié

Les femmes représenteraient seulement 24,5 % des associés selon le baromètre de la mixité réalisé par Décideurs et le Cercle Montesquieu en 2013. Le congé maternité, qui reste un point délicat au sein de certains cabinets passéistes, serait-il une source de discrimination pour l’accès à l’association ?

C'est un sujet épineux. Pour Christiane Féral-Schuhl, associée chez FéralSchuhl Sainte-Marie et présidente du Conseil national des barreaux, « l’absence d’une avocate pendant son congé maternité peut parfois être vécue comme une mise à l’écart ». Une situation qui a cependant vocation à se régler selon elle. Sans oublier que « les collaboratrices sont de plus en plus nombreuses, et que les cabinets peuvent s’organiser », précise-t-elle. Pour sa part, ne pas avoir assez profité de sa propre grossesse est l’un de ses regrets. « J’étais souvent au téléphone, entre l’huissier et l’adversaire. » À ses yeux, il faut cependant avoir à l’esprit que « lorsque la collaboratrice choisit la profession libérale, elle doit intégrer qu’elle est maître du lien qu’elle conserve ou non avec le client. Et le client n’attend pas. »

BRISER LE PLAFOND DE VERRE

Selon Yves Boissonnat, spécialiste de l’executive search, une réelle discrimination demeure à l’encontre des avocates enceintes qui voient l’avancée de leur carrière ralentie ou l’accession à de hautes responsabilités telles que l’association remise aux calendes grecques. « Il existe un plafond de verre qu’il faut briser. Les cabinets d’avocats sont le reflet de la société française, qui laisse moins de chance aux femmes qu’aux hommes. La misogynie est encore bien présente hélas », déclare-t-il. Et ce, même si la société comme la profession évoluent positivement sur ce plan.

 


Pour Valence Borgia, avocate et présidente d’honneur de l’UJA de Paris, s’il y a moins de femmes associées que d’hommes associés, c’est parce que plusieurs phénomènes s’imbriquent les uns dans les autres.

 

La maternité reste-t-elle un sujet « tabou » pour certains cabinets ? Pensez-vous que des discriminations demeurent ?

VALENCE BORGIA. La maternité demeure un motif de discrimination dans de nombreux cabinets. Discrimination qui n’est d’ailleurs pas tant liée à la grossesse ou au congé maternité qu’à la période consécutive au retour des jeunes mères au cabinet. Trop souvent, de manière consciente ou inconsciente, la maternité est considérée comme incompatible avec l’ambition professionnelle des femmes et l’investissement dont elles peuvent faire preuve. Oui, je pense que des discriminations perdurent. J’ai pu le constater dans le cadre du service SOS Collaborateurs de l’UJA de Paris, mais également dans le cadre de la commission ordinale Harcèlement et Discriminations.

 

Aujourd’hui, il y a plus d’hommes que de femmes associés. Comment l’expliquez-vous? Que faut-il faire pour trouver la parité? 

On l’explique par une série de phénomènes qui s’imbriquent les uns dans les autres et contre lesquels il faut lutter: la discrimination pure, la culture du présentéisme dans les cabinets, les stéréotypes, le sexisme, les interdits intériorisés, le « délit de maternité » et le tabou de la paternité, la tentation de la cooptation en faveur de celui qui vous est semblable et une certaine forme de violence entretenue à l’égard des femmes dans certains cabinets. Pour parvenir à l’égalité, il faut lutter contre tous ces mécanismes. En sensibilisant beaucoup et sans relâche sur le sujet, et en sanctionnant chaque fois qu’une discrimination est relevée. Mais sans volonté forte des cabinets, l’évolution n’adviendra pas d’elle-même à la faveur de la féminisation de la profession. Et cette volonté ne pourra s’exprimer que lorsque les cabinets considéreront comme une anomalie le fait de ne pas avoir autant de femmes et d’hommes associés.

 

La délégation fait-elle partie de la recherche de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle?

La question de la conciliation de la carrière et de la vie familiale regarde tous les parents, hommes et femmes, associés ou non. Je ne suis pas convaincue que l’incapacité prétendue des femmes à concilier des temps de vie différents soit aujourd’hui à l’origine des écarts constatés s’agissant de l’association des femmes et des hommes dans les cabinets. Évidemment, la délégation est indispensable, mais indépendamment de la question de la conciliation.