La typologie des cabinets d'avocats en France

La typologie des cabinets d'avocats en France

Les étudiants s’interrogent fréquemment sur les différences qui existent entre les cabinets d’avocats présents sur le marché français. La réponse à cette question est souvent évasive, incomplète et ne reflète pas la réalité de l’exercice de la profession d’avocat en France.

 

En effet, pour bon nombre de personnes, la distinction s’opère sur la base de la nationalité du cabinet (« américain », « anglais » ou français) et de critères matériels, comme la rémunération ou la charge de travail imposée aux avocats.
 

Bien que ces derniers soient évidemment révélateurs des conditions dans lesquelles un avocat exerce sa profession, ils ne prennent pas en compte les spécificités de chaque cabinet en matière d’opportunité de carrière (formation, qualité des dossiers et des clients, etc.).
 

Cette étude a pour objet de présenter, de façon synthétique, l’exercice de la profession d’avocat au sein de ces cabinets.
 

Ainsi que nous allons le voir ci-après, il existe trois grandes « familles » de cabinets d’avocats, (i) les « Big Four », (ii) les cabinets d’affaires internationaux, et les cabinets français, généralistes ou spécialisés.
 
 

Les conditions d’exercice
 


A titre liminaire, les aspects matériels de l’exercice de la profession d’avocat, qui varient sensiblement selon que l’avocat exerce au sein d’un cabinet international, d’un cabinet français ou encore d’un « Big Four », sont évoqués de façon générale.
 

Les cabinets internationaux majoritairement anglo-saxons, ont attiré un grand nombre d’avocats en leur proposant, notamment, (i) des rémunérations attractives agrémentées de primes, (ii) une belle notoriété, (iii) un cadre de travail agréable et (iv) des moyens matériels de qualité. En contrepartie, les la charge de travail est, dans la plupart des cas, plus élevée. 
 

De leur côté, les cabinets français sont présentés comme étant moins généreux, d’un point de vue financier, ou parfois moins prestigieux mais la charge de travail y est souvent moins intense.
 

Enfin, les « Big Four », sont des structures très hiérarchisées dont l’organisation est celle d’une entreprise. Ces types de cabinets offrent généralement aux avocats un statut d’avocat-salarié, contrairement aux autres cabinets qui proposent un statut d’avocat-collaborateur.
 

A la différence d’un salarié, un avocat-collaborateur relève du régime des travailleurs indépendants et ses revenus sont imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC). A ce titre, il doit tenir une comptabilité propre à son activité professionnelle, et doit personnellement acquitter ses charges sociales, qui représentent environ 25 à 30 % de ses revenus bruts, et reverser la TVA qu’il perçoit sur ses honoraires au taux de 19,6 %. Par ailleurs, l’avocat-collaborateur est autorisé à déduire de ses revenus imposables les frais (frais de déplacement, repas, fournitures, amortissement d’ordinateurs, invitation de clients, etc.) engagés dans le cadre de son activité professionnelle ; tous les frais déduits doivent être justifiés.
 

Un avocat-salarié, quant à lui, perçoit chaque mois un salaire net de charges sociales salariale ; la part salariale représente dans ce cas environ 20 à 25 % du salaire brut. L’avocat-salarié bénéficie d’un abattement forfaitaire pour frais et charges de 10 % sur son salaire net imposable, en contrepartie, il ne peut pas déduire de frais professionnels, sauf en cas d’option pour la déduction des frais réels.
 

  

Les « Big Four»


Les « Big Four » sont les cabinets d’avocats Ernst & Young Société d’Avocats, Landwell & Associés, Fidal et Taj. Ils se sont développés en complément à leurs départements d’audit/commissariat aux comptes. Des règles strictes encadrent leurs relations avec ces derniers, notamment depuis l’Affaire Enron, et l’entrée en vigueur en France de la loi n° 2003-706 du 1er août 2003 de Sécurité Financière (equivalent de la loi Sarbanes-Oxley aux Etats-Unis) qui impose la séparation des activités d'audit et de conseil.
 

Les « Big Four » entretiennent cependant des liens étroits avec les auditeurs et les commissaires aux comptes. Leur pratique juridique se répartit généralement entre le conseil aux clients de l’audit et le conseil aux clients « non-audit ».
 

Pour les clients de l’audit, il est essentiellement question de revue de comptes et d’identification des risques juridiques et fiscaux. Les avocats exercent alors une activité dite « support » à l’activité des auditeurs/commissaires aux comptes.
 

Pour ce qui est des clients « non-audit », l’activité varie selon les domaines d’expertise du cabinet. Cette pratique, plus récente, s’est développée autour du droit fiscal et du droit des sociétés, dans un premier temps, puis s’est élargie à d’autres domaines juridiques (droit des affaires, droit des contrats, droit social, contentieux, etc.). Leur réputation en droit des affaires est inégale.
 

Les « Big Four » sont des structures importantes, avec une couverture géographique large, notamment au niveau national, dans lesquelles les avocats sont regroupés en équipe en fonction de leur spécialité et au sein desquelles les tâches sont généralement segmentées.
 

 

Les cabinets d’affaires internationaux


Les cabinets d’affaires internationaux sont des cabinets dont l’activité se partage entre le conseil et le contentieux. Selon Jean Castelain, bâtonnier de Paris, dans ses vœux à la presse pour l’année 2010, l’activité de conseil représente 66 % du chiffre d’affaires de la profession d’avocat.
 

Ces cabinets, pour la plupart anglo-saxons, hormis quelques belles exceptions françaises comme les cabinets Gide Loyrette Nouel, De Pardieu Brocas Maffei ou Lefèvre Pelletier, ont une activité centrée sur le droit des affaires et souvent le contentieux/arbitrage. Ils sont de taille importante (souvent plus de 50 avocats) et traitent régulièrement des dossiers transfrontaliers (faisant appel à plusieurs bureaux dans le monde) et transversaux (couvrant plusieurs domaines juridiques). L’importance des équipes et une couverture géographique étendue permettent à ces cabinets de proposer à leurs clients des solutions full-service ainsi qu’une mobilisation d’avocats et une réactivité adaptées aux opérations industrielles et financières complexes et de grande envergure.
 

Les avocats, regroupés selon leur(s) spécialité(s), sont généralement dédiés à un département (corporate ou fiscal, par exemple). Le degré de spécialisation des avocats varie d’un cabinet à un autre. Les dossiers traités sont souvent complexes et donc formateurs. En début de carrière, les jeunes avocats disposent, généralement, d’une autonomie moindre par comparaison avec des cabinets français.
 

Une forte ou excellente maîtrise de l’anglais, tant à l’écrit qu’à l’oral, est généralement indispensable dans les cabinets d’avocats internationaux. 
 

 

Les cabinets français


Les cabinets français partagent également leur activité entre le conseil et/ou le contentieux.
 

Certains sont très prestigieux (par exemple : Bredin Prat ou Darrois Villey Maillot Brochier en fusions-acquisitions). 
 

D’autres sont très spécialisés (en droit social, administratif ou droit de l’environnement, par exemple).
 

La qualité des clients des cabinets français varie considérablement d’un cabinet à un autre. Ceux des plus prestigieux sont souvent de grands groupes français ou internationaux. D’autres cabinets ont principalement pour clients des PME et/ou des particuliers.
 

Dans les cabinets français généralistes, les avocats sont généralement plus autonomes et consacrent plus de temps au développement de leur clientèle personnelle. La qualité de la formation des jeunes avocats est parfois le point faible de ces cabinets, surtout pour ceux de taille réduite.
 

Les cabinets spécialisés (dits « de niche » revendiquent, quant à eux, une expertise forte dans leur domaine d’intervention.
 

L’exercice du métier d’avocat peut donc varier de façon assez considérable d’un cabinet à un autre.
 

En début de carrière, le choix du cabinet doit, chaque fois que cela est possible, correspondre au projet professionnel du jeune avocat. En effet, la première expérience en cabinet joue un rôle déterminant dans son orientation professionnelle, même si des évolutions sont possibles en cours de carrière.
 

Aujourd’hui, les étudiants en droit se spécialisent au cours de leurs études. Beaucoup entrent donc dans la profession d’avocat avec l’idée d’exercer leur métier dans le domaine juridique correspondant à leur spécialisation. Il n’est pas rare que les jeunes avocats remettent en cause le choix qu’ils ont pu faire quelques années auparavant pour des motifs variés. Par ailleurs, la conjoncture économique peut conduire les avocats à faire évoluer leur pratique professionnelle.
 

Les choix faits par les étudiants en cours de cursus universitaire n’ont donc pas un caractère définitif.
 

Comme dans de nombreux secteurs d’activité, la capacité des avocats à évoluer et à s’adapter constamment à l’évolution des marchés juridiques, contribuera à la réussite de leur carrière professionnelle.


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Article publié sur : www.lepetitjuriste.fr 



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