Juriste ou avocat : pourquoi pas les deux ?

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Au Forum des carrières juridiques, les intervenants de la conférence « Juristes / avocats : challenge et passerelles » ont tous cette chose en commun : ils ont saisi l’opportunité quand elle s’est présentée. Tous ont mené leur barque en fonction des vents tournants et aucun n’a emprunté le chemin auquel il s’était destiné.

« A votre âge, je n’imaginais pas devenir avocat et aujourd’hui, j’ai le sentiment que je suis né pour l’être ». Frédéric Peltier a l’allure décontractée. Pull en maille, écharpe nouée au cou, chaussures grises en daim. « Je fuis l’uniformité » dit-il aux étudiants face à lui, expliquant recevoir ses clients de la même façon. Méfiance toutefois : le costume ne fait pas l’avocat. L’homme travaille aujourd’hui dans un cabinet qui porte son nom « Dethomas, Peltier, Juvigny et associés ».

 

Pourtant, ses débuts ne le destinaient pas à une carrière juridique. Ancien de la Banque de France, responsable du chantier juridique de privatisation de la BNP en 1992, devenu avocat en 1996 après avoir écrit une thèse sur le droit financier puis associé des cabinets Darrois Villey et Clifford Chance, Frédéric Peltier a commencé par des sciences économiques. « A la fin de mes études, j’ai voulu préparer l’ENA. Dans ce concours, on se distingue par l’option. J’ai vu qu’il y en avait une en droit des affaires. Je me suis dit que ce n’était pas tout à fait du droit, que c’était du business. Du coup je l’ai prise. Et ça m’a passionné ».

 

Savoir saisir l’opportunité

 

De sa passion, il en a fait une carrière, publiant d’abord ses fiches d’étude pour l’ENA sur le droit bancaire, écrivant sur le droit financier à l’époque où « en 1990, ça commençait à naître ». A chaque fois, il s’est fait repérer par ses employeurs. Et s’il dit ne jamais avoir prévu le coup d’après, « ce n’est pas comme au loto » explique-t-il, « le hasard arrive parce que vous avez planté le décor ».

 

Saisir l’opportunité. D’abord juriste chez Capgemini, Antoine-Claire-Requet l’a fait lorsqu’un concurrent, Unisys, lui propose un poste de contract manager ; « en tant que juriste, on est une fonction support. C’était très frustrant de participer aux négociations des contrats sans pouvoir influencer la décision. Alors quand j’ai eu cette opportunité, je l’ai saisie. Je me suis retrouvé plus fort dans la négociation face au client, et bien mieux traité en termes financier, d’évolution et de confiance que l’on me portait ». Quatre ans plus tard, Capgemini a développé sa propre branche de contract management. Il en a pris la tête.

 

Bien sûr, pour passer d’une voie à une autre, il faut en avoir l’envie. Marie Abadie, associée aujourd’hui chez Softlaw, legaltech proposant un logiciel d’analyse de documents juridiques, a commencé comme avocate au cabinet Alain Bensoussan « on ne supportait pas de réinventer la roue. Cela demandait du temps, et le temps c’est de l’argent. Alors, après 7 ans en tant qu’avocate, j’ai voulu élargir mon terrain de jeu ». Elle entre alors chez Capgemini où elle devient juriste sur les questions de propriété intellectuelle. Puis, chez Microsoft où elle a été directrice juridique, « il y a eu à un moment un petit vent pour soutenir les start-ups. J’ai pris cette vague-là ».

 

Préparer le terrain

 

Aucun ne se définit comme un champion du droit et tous avaient envie de diversité dans leurs activités. Mais tous ont su s’adapter et préparer le terrain au changement. « Au début de ma carrière, lorsque j’arrivais à un poste, je pensais au suivant ». Rémy Blain est managing partner dans le cabinet Bryan Cave, il est passé par une école de commerce. « A 50 ans, j’ai compris pourquoi les clients venaient me voir : je suis un coureur de fonds. Je ne suis pas un dieu du droit, mais lorsque je prends un dossier, je l’amène jusqu’au bout. C’est important de se connaître, de savoir dans quel domaine on excelle et ce que les gens viennent chercher chez vous ».

 

Et avoir un profil qui dénote peut-être un atout. « Quand je recrute, je regarde l’expérience personnelle du candidat ». A la fin de ses études, Antoine Claire-Requet est parti un an à Miami dans une université publique américaine. « J’ai fait des doublages de voix pour la télévision canadienne. Je n’y ai pas vraiment appris du droit. Par contre, j’ai appris à vivre dans un monde et discuter avec des gens qui n’avaient rien à voir avec moi. J’ai la prétention d’avoir appris des choses que les grandes écoles n’apportent pas : le bagou. C’est une expérience qui a attiré les recruteurs ».

 

Aujourd’hui les carrières évoluent et les passerelles entre le juriste et l’avocat, le droit et d’autres métiers, sont nombreuses. « Sur le chemin, il ne faut pas hésiter à changer de direction s’il y a une opportunité » conseille Fréderic Peltier. Car bien mené, un parcours diversifié se révèle être un formidable atout.

 

Emilie Coste
@CosteEmilie