Blandine Cordier-Palasse donne du sens au changement

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L’important développement de la compliance impose aux juristes d’entreprise de redéfinir leurs compétences, leur périmètre d’intervention et leur posture. Blandine Cordier-Palasse permet à ses clients, de grandes sociétés comme des PME, de dénicher ceux de leurs salariés qui auront la capacité de s’adapter et de recruter les profils complémentaires. Son cheval de bataille ? « transformer la gouvernance » des groupes qui font appel à elle.

Docteure en droit, avocate puis directrice juridique et secrétaire de conseil de grands groupes, Blandine Cordier-Palasse est aujourd’hui cofondatrice et vice-présidente du Cercle de la Compliance. Depuis 2010, elle est à la tête de BCP Executive Search, cabinet de conseil en stratégie humaine et en recrutement spécialisé dans le domaine juridique, la compliance, le risque et la gouvernance. Cette femme de poigne connaît donc bien les juristes, la complexité du domaine de la compliance ainsi que la culture d’entreprise. 

 

UNE DEMANDE D’EXPERTS ET DE CHEFS DE PROJET COMPLIANCE

« Aujourd’hui, les groupes ont besoin de nouvelles expertises, constate Blandine Cordier-Palasse, comme des directeurs éthique et compliance, des data privacy officers (DPO), des responsables de la gouvernance, des responsables RSE, des export control officers, des chefs de projet etc., et ce, afin d’accroître la protection de leur stratégie et assurer la conformité des comportements de l’entreprise, des dirigeants et des salariés aux normes juridiques et éthiques qui leur sont applicables. » 

 

Les entreprises ont également pris conscience que la compliance n’était plus une option. C’est devenu un enjeu stratégique, de crédibilité, géopolitique et de sécurité. Les réglementations internationales dont le RGPD (règlement général européen sur la protection des données) mais aussi la loi Sapin 2 qui a accru le devoir de vigilance et enfin les poursuites contre des géants comme Facebook incarnent les nouveaux enjeux et les risques associés. Le métier de directeur compliance prend de l’ampleur, non seulement dans les secteurs réglementés mais aussi dans les groupes d’une certaine maturité où l’on dissocie de plus en plus la fonction juridique de la compliance. Or un directeur juridique mais aussi un autre profil venant de l’audit, des risques, des achats, du commercial peut devenir compliance officer et nous recrutons ainsi des profils variés et complémentaires pour constituer des équipes solides.

 

EN IMMERSION

La chasseuse réalise également des missions d’organisation des directions juridiques. Afin de trouver au sein des entreprises les profils à même d’exercer ces nouvelles compétences, l’experte conduit notamment des audits internes. Véritable enquête à 360 degrés, sa méthode est minutieuse. Sont recueillis les témoignages de toutes les parties prenantes – membres de la direction et opérationnels en lien avec l’équipe de juristes – afin de comprendre à la fois la perception que le juriste a de son propre travail, mais également le point de vue des équipes avec lesquelles il collabore. 

 

C’est ainsi que l’auditrice va à la rencontre des juristes dans le cadre d’entretiens individuels de deux heures en moyenne. « Parfois des juristes montrent des résistances, une certaine peur de l’inconnu, explique-t-elle. Mais au fil de la discussion, ils comprennent que cela leur permet de dire ce qui marche, ce qui ne marche pas et de faire émerger comment ils peuvent évoluer. » Et de préciser : « Ces audits peuvent révéler les compétences ou le potentiel de juristes qu’on pensait limités, mais qui se trouvent soudainement dynamisés. »

 

SEUIL DE COMPÉTENCES OU POTENTIEL D’ADAPTATION

À l’issue de ce travail, le constat est souvent sans appel. Un certain nombre de juristes interviewés présentent une capacité d’adaptation aux nouveaux challenges, aux méthodes modernes de travail et aux technologies avancées. « D’autres ne sont plus à la hauteur des attentes de l’entreprise ou du marché, explique la recruteuse. Certains juristes ou directeurs juridiques ont en réalité atteint leur seuil de compétences », confie-t-elle enfin.

 

Ils ne correspondent plus aux besoins du groupe et se voient repositionnés, soit au sein de leur direction, soit dans d’autres structures. « Si les juristes ne perçoivent pas les évolutions de leur fonction, ils rétrogradent ou vont dans d’autres groupes », prévient la chasseuse de têtes. Dans quels groupes ? Ceux dont l’environnement leur correspondra mieux et dans lesquels ils ont encore une place légitime. « Ce travail est satisfaisant pour tout le monde, cela redonne une réelle dynamique aux juristes et à l’entreprise ! C’est gagnant-gagnant », rajoute-t-elle. 

 

STRATÈGE ET OPÉRATIONNEL

Pour s’adapter, les professionnels du droit doivent comprendre le monde dans lequel ils évoluent et s’ouvrir à d’autres compétences, d’autres postures. « La formation ne fait pas tout, il faut s’intéresser à tout ce qui se passe : business, stratégie, high tech, nouvelles technologies… » Elle complète : « Un juriste doit sortir de son jargon, être aligné avec la stratégie de l’entreprise et utiliser le langage du business. En s’adaptant, il sortira de l’ombre et deviendra un opérationnel parmi les opérationnels.

 

L’enjeu actuel, c’est qu’innovation et agilité priment dans un monde de plus en plus normé et réglementé. C’est une formidable opportunité pour les métiers du droit et de la compliance : accompagner ces transformations et être un levier stratégique de performance et de compétitivité de l’entreprise. » Il n’y a donc pas de secret, « il faut passer à la vitesse supérieure », poursuit Blandine Cordier-Palasse. Notamment, « les juristes ont intérêt à développer leur visibilité en interne et sur les réseaux pour montrer, comme le directeur financier ou le DRH avant eux, que ces fonctions sont devenues stratégiques et opérationnelles », conclut la chasseuse. En effet, les réseaux sociaux sont une mine d’informations capitale. Certains groupes de travail, notamment sur LinkedIn, interagissent et publient des liens ou des informations. Elles permettent au juriste et au compliance officer de sortir de leur expertise et de faire évoluer l’image du métier. Leur périmètre d’intervention, leur appétence aux risques, leur posture, la culture du droit et de la compliance en France en sortiront redéfinis.

 

PIERRE ALLEMAND
@Pierre_Ald