Directions juridiques : un bonheur prévisible

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Directions juridiques : un bonheur prévisible

Contrairement au cliché répandu, le métier de juriste en entreprise n’est pas une sinécure. Il a même beaucoup en commun avec celui d’avocat. Le salariat n’allège pas le poids des responsabilités, l’engagement personnel et la pression hiérarchique. Cela n’empêche pourtant pas les in house d’être heureux au travail.

Le juriste d’entreprise comme l’avocat croule sous les dossiers. S’il ne répond qu’à la direction générale et aux opérationnels, il est tout de même très sollicité par ces derniers qui doivent faire face à une 
augmentation des problématiques juridiques notamment due à l’arrivée du paramètre « compliance » dans la gouvernance des entreprises. Le risque pénal ou concurrentiel se densifie également, le juriste devant
gérer les pré-contentieux et les menaces de poursuites juridictionnelles particulièrement anxiogènes pour les dirigeants. Un contexte professionnel qui mérite qu’on sonde ces salariés du droit sur leur métier et la
satisfaction qu’ils en tirent.

 

ESTIMEZ-VOUS TRAVAILLER TROP ?


Et sans surprise, parmi les juristes interrogés, 43,6 % estiment travailler trop. Un taux très élevé qui pourrait s’expliquer par la constante évolution du métier. Pour le directeur juridique de PSA Mark Rollinger, avoir un seul client n’amoindrit pas le poids de responsabilités : « La direction juridique est mise totalement au service du business de l’entreprise. »

 

Devenu un acteur majeur de la stratégie de l’entreprise, le juriste est de plus en plus questionné. Les juniors qui ont fait le choix de l’entreprise au sortir de l’université peuvent peut-être s’étonner de devoir assumer une charge de travail si conséquente : ils représentent d’ailleurs 36,5 % de ceux qui estiment travailler trop. Les seniors s’alignent sur cette tendance puisqu’ils sont 25 % à estimer aussi travailler trop. Parmi eux, 53,8 % exercent au sein de grandes entreprises, 30,7 % dans des PME et 15,3 % en ETI. La preuve que le salariat ne garantit pas aux juristes, quelle que soit la taille de l’entreprise dans laquelle ils exercent, un rythme de travail moins soutenu qu’en cabinet.

ÉQUILIBRE ENTRE VIE PRIVÉE ET VIE PROFESSIONNELLE


On peut supposer que la somme de travail demandée aux juristes d’entreprise (on rappelle qu’ils sont 43,6 % à estimer travailler trop) a un impact sur la sphère privée : heures supplémentaires, tâches professionnelles à réaliser le soir et le week-end, difficultés à décrocher durant les congés, etc.

Mais, étonnamment, lorsqu’on demande aux in house s’ils pensent avoir trouvé un équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle, 67,8 % répondent de manière affirmative : ils sont parvenus à limiter l’exercice de leur métier à un cadre strictement professionnel. En d’autres termes, ces professionnels du droit, qui ont refusé une carrière d’avocat et par là même sacrifié leur liberté, tirent satisfaction de leur métier qui leur offre un fort contentement intellectuel, le niveau d’expertise demandé étant très élevé.

 

ÊTES-VOUS HEUREUX AU TRAVAIL ? 


Une analyse confirmée par un sentiment majoritaire de bonheur au travail. À la question de savoir s’ils sont heureux au travail, 66,9 % des juristes interrogés répondent oui. Parmi ces 66,9 %, on trouve 72 % de femmes contre 28 % d’hommes.

Ce sentiment est partagé sur tout le territoire puisqu’il concerne 37,5 % des juristes parisiens, 33,7 % des juristes d’Île-de-France et 26,2 % des juristes de province. Même 78 % des plus seniors s’avouent heureux. Dès lors, la sérénité ressentie n’est pas fonction d’un bas niveau de responsabilité : ceux qui en ont le plus (à savoir les directeurs juridiques) sont nombreux à être heureux au travail.


LA QUALITÉ DU MANAGEMENT EN ENTREPRISE


Si le bonheur semble globalement animer le milieu des juristes d’entreprise, un point noir subsiste : le management n’est pas à la hauteur de leurs attentes. Ils sont 26,2 % à considérer qu’il est moyen voire
mauvais dont 58 % travaillent au sein de grandes entreprises et 40,3 % dans des PME ou ETI.

Cette mauvaise organisation interne touche 30,6 % des juristes de province, 38,7 % des juristes parisiens et 29 % des juristes d’Île de France. Et qui dit mauvais management dit mauvaise répartition des tâches et forte pression hiérarchique pour 28 % des répondants à l’enquête. Ce chiffre est tout de même à mettre en perspective avec les 52,5 % qui estiment subir une pression supportable. On se rend compte que les entreprises rencontrent le même phénomène que les cabinets d’avocats : faire appel à de bons experts du droit n’induit pas un management efficace. Les directeurs juridiques sont encore trop souvent de mauvais managers, ayant du mal à déléguer, transmettre et organiser les dossiers en mode projet.