Deux juristes reconvertis en startupers

  • Publié

Juristes de formation, Laura et Simon ont quitté une carrière juridique prometteuse pour se lancer dans l’entreprenariat. Les deux startupers ont décidé de tout miser sur la protection de la santé en ville en lançant des masques antipollution urbains, certifiés et connectés. Rencontre.

Carrières-juridiques.com. Comment passer du droit à l’entreprenariat ?

 

Simon Sow. Après une vie professionnelle chargée, j’ai décidé de reprendre mes études à l’âge de 28 ans, en intégrant   un cursus de droit à distance au CAVEJ (Centre Audiovisuel d’Etudes à Distance – Université Paris 1 Panthéon Sorbonne). Diplômé d’une Maîtrise en Droit et gestion public à la Sorbonne, j’intègre un Master 2 en droit de l’énergie à la Sorbonne   en parallèle d’un stage au service commercial de RTE (Réseau de Transport d’Electricité – Groupe EDF). Suite à mon stage, et face au constat d’une nécessité d’accumulation de stages dans le milieu juridique avant de pouvoir prétendre à un vrai poste et de réelles responsabilités, j’ai décidé alors de réintégrer un poste dans un service public. A ce moment j’avais le  sentiment de ne pas avoir été récompensé de mon parcours de labeur, d’avoir un bac + 5 en poche, mais toujours ce désir  inassouvi d’une une vie professionnelle plus épanouissante qu’auparavant. Puis un autre constat intervient : ma lassitude  d’un système non adapté aux réalités des administrés et mon désir d’une aventure professionnelle plus stimulante. Mon  plaisir à mener une équipe sur un projet, mon expérience dans divers domaines et mon autonomie m’ont donc conduit  naturellement vers l’entreprenariat.

 

Laura Cooper. Arrivée en France à l’âge de 15 ans, j’ai intégré un cursus en droit après le bac. Diplômée d’une licence bilingue à l’Université Toulouse – Capitole en droit anglais et français, je poursuis mes études à Londres en droit anglais, puis intègre un M1 en droit international à Paris 1. La difficulté du choix de mon orientation commence à se ressentir, je décide alors d’intégrer un Master 2 en économie et droit des affaires à Assas pour élargir mes horizons. Après différents stages en droit des sociétés et fusions-acquisition, je réalise que le métier d’avocat n’est pas fait pour moi. La peur de me voir confinée dans un seul domaine tout au long de ma carrière me pousse à envisager une autre voie. C’est pourquoi, lors de ma formation à l’IEJ, j’ai intégré une startup où j’étais en charge du marketing et de la communication. Cette expérience dans une jeune entreprise dynamique m’a séduite et m’a poussé à me lancer dans l’entreprenariat.

 

 

 

CJ.com. Pourquoi avoir abandonné le droit pour créer Mask Generation ?

 

L.C. Toujours intéressée par les sciences, par l’art et la technologie, je craignais de passer à côté de tout cela en restant dans une carrière purement juridique. L’entreprenariat, c’est une nouvelle école. On apprend tous les jours, on s’intéresse à des domaines variés. Bref, on touche à tout.

 

L’idée de Mask Generation a commencé à germer en 2015, alors que la France était frappée par des pics de pollution répétés. Etant moi-même asthmatique, la qualité de l’air et pouvoir se protéger efficacement sont des luttes qui me tiennent particulièrement à cœur.

 

S.S. C’est en recherchant un masque anti-pollution dans différentes enseignes, que nous avons constaté que deux types de produits étaient proposés. D’un côté, un masque certifié aux normes CE, utilisé par les professionnels et peu adapté à un usage en ville. Encore moins aux enfants ! De l’autre, des masques « design » mais non certifiés aux normes CE. Il nous est alors paru indispensable de rendre l’utile à l’agréable : créer des masques certifiés et urbains. En effet, la pollution est aujourd’hui la troisième cause de mortalité en France. Elle représente 5 fois plus de décès que les accidents de la route, soit 50 000 morts/an. Si de nombreux efforts sont effectués en matière de sécurité routière, pourquoi rien n’est fait pour lutter contre ce fléau ? La protection de la santé en ville doit devenir une de nos priorités pour notre santé et celle de nos enfants !

 

CJ.com. Le droit est-il un atout quand on monte sa startup ?

 

S.S. Il est même essentiel. Etre juriste, c’est avant tout être rigoureux, avoir le sens du travail, et la maîtrise de la gestion administrative, en particulier lorsque l’on a suivi un cursus en droit public. Monter une entreprise, c’est être confrontés à des contraintes juridiques, administratives, fiscales, etc. Et dont les clés de compréhension sont nettement facilitées par le droit. Rédaction des statuts, relations avec l’administration, discussion avec nos partenaires juridiques, notamment pour la propriété intellectuelle, bref, le droit reste une pierre angulaire a fortiori dans une entreprise.

 

Mon cursus me permet ainsi d’appréhender de la meilleure des manières les problématiques nombreuses auxquels doit faire face une dirigeant d’entreprise.

 

L.C. Le droit nous a permis d’avoir les bons réflexes dès le départ, notamment en protégeant notre idée. Nombreuses startups se font en effet voler la technologie dont ils sont initiateurs.

 

Par ailleurs, pour obtenir des subventions auprès des investisseurs, le côté juriste rassure. Soumettre un dossier structuré, complet, clair et logique nous a fait gagner en crédibilité, notamment auprès de la BPI qui nous a accordé une subvention, ainsi que du Conseil Régional de Seine et Marne grâce auquel nous avons eu l’opportunité d’intégrer l’Incubateur Descartes de Champs sur Marne. Le droit est donc un avantage.

 

CJ.com. Les prochaines étapes pour Mask Generation?

 

L.C. Nous sommes à quelques semaines de dévoiler notre masque nouvelle génération, ce qui représente pour nous une belle victoire. Il est d’ailleurs possible de réserver son masque sur le site pour bénéficier des avantages « earlyadopters ».

 

CJ.com. Un mot pour les petits juristes ?

 

S.S. Le droit mène à tout. Il n’y a pas que des avocats ou des magistrats. Dans tous les cas, il est primordial d’aller au bout du cursus, ce qui permet de se constituer une bonne base de connaissances et un réseau intéressant, car les orientations des étudiants en droit sont très diverses. Mon parcours en droit a marqué mon existence de façon extrêmement positive, à la fois par les amis que j’y ai trouvé, que par le bagage que j’y ai acquis, qui me conforte tous les jours.

 

L.C. Pour ce qui est de l’entreprenariat, il faut soit se lancer et prendre le risque, soit ne pas se lancer. Mais il ne faut pas le faire à moitié. Le plus difficile au début, c’est l’incertitude, et les échecs qu’il est impératif de surmonter et de comprendre. Ces remises en question nécessaires permettent d’aller de l’avant et de voir son projet se concrétiser de jour en jour, ce qui procure une grande satisfaction.

 

Propos recueillis par Pierre Allemand @Pierre_Ald et Laurie Veuillot