David Druon (Justice Express) : « Nous ne voulions pas être dans le conflit avec les avocats »

Justice Express a été l'une des première legalstartup à voir le jour. À l'initiative de quatre fondateurs, dont deux avocats, elle démarre discrètement en 2012. David Druon, son tout nouveau président, a aujourd'hui bien l'intention d'apporter sa pierre à l'édifice de l'«ubérisation » du droit.

Carrières-Juridiques.com. Quand vous est venue l'idée de vous lancer dans l'entrepreneuriat juridique ?


David Druon. J'ai toujours eu cette volonté d'entreprendre en parallèle de mes études de droit. J'ai aussi la conviction que c'est aux juristes d'œuvrer pour une justice plus accessible. Lorsque j'étais étudiant à Assas, je participais à la « maison du droit » permettant aux apprentis juristes de dispenser des conseils gratuits à des visiteurs extérieurs. C'est à la suite de rencontres avec des avocats, que nous avons eu ensemble l'idée de créer Justice Express, qui a vu le jour en 2012. Je n'ai pas souhaité m'associer tout de suite au projet pour poursuivre ma formation en droit en travaillant notamment à Paris 1 en tant que chargé de TD et au Conseil d'État (au sein de la huitième sous-section contentieux). J'ai finalement décidé de me consacrer totalement à Justice Express à la fin de l'année dernière. J'en suis aujourd'hui le président.


C-J.com. Justice Express est pionnière. Quel accueil les avocats vous ont-ils réservé ?


D. D. Ils appréhendaient beaucoup. Nous n'avons volontairement pas voulu nous exposer au début, car nous ne voulions pas être dans le conflit contrairement à d'autres qui, à la même époque, ont tout de suite été dans une confrontation directe avec la profession. La situation est aujourd'hui largement apaisée.


C-J.com. Que proposez-vous ?


D. D. Nous proposons un service de mise en demeure et de saisine du juge de proximité (litiges inférieurs à 4000 euros), pour des conflits du quotidien : voisinage, récupération de caution, impayés….de façon totalement automatique. Des prestations qui s'élèvent à 19, 90 euros pour une mise en demeure, et à 39, 90 euros pour la saisine du juge de proximité.  


C-J.com. Plusieurs dizaines de legalstartup ont vu le jour depuis 2012. Comment vous distinguez-vous ?


D. D. Nous ne dispensons aucun conseil juridique. C'est une différence qui peut paraître minime mais qui a son importance. Nous sommes conscients que le conseil est un monopole de l'avocat. Ce qui ne nous empêche pas d'accompagner le justiciable du mieux que nous pouvons, en mettant à disposition gratuitement des fiches détaillées sur les différentes procédures. Nous considérons que nous avons une mission d'information et d'aide vis-à-vis du consommateur. Nous aurions d'ailleurs au départ pu nous constituer en association.


C-J.com. Quels sont vos prochains défis ?


D. D. Nous aimerions bien sûr multiplier le nombre d'utilisateurs. Pour cela, nous voulons aller encore plus loin dans l'aide en créant de nouveaux services, comme la saisine d'autres juridictions ou la réalisation de nouvelles fiches détaillées. Notre chiffre d'affaires est en pleine expansion et nous espérons continuer dans ce sens.  

 

C-J.com. Quel regard portez-vous sur l'ubérisation du droit ?


D. D. L'accès au droit est un créneau très vaste qui permet à chacun de trouver sa place. Nous avons plein de choses à faire, sans forcément concurrencer le rôle de l'avocat, pour rendre le droit encore plus accessible. C'est logiquement à l'État, s'il en avait les moyens, qu'il appartiendrait de remplir cette mission.

 


Propos recueillis par Capucine Coquand. 

@CapucineCoquand