Corinne Lepage : « Notre cabinet s’engage à faire progresser le droit »

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Associés depuis quarante ans, Christian Huglo et Corinne Lepage ont entamé un nouveau tournant dans leur carrière le 1er janvier dernier en transformant leur cabinet d’avocats. L’avocate des grands dossiers écologiques nous explique pourquoi.

Carrières-juridiques.com. Huglo Lepage Avocats est née le 1er janvier dernier. Comment s’est traduit le renouvellement de votre cabinet créé en 1978 ?

Corinne Lepage. Par un changement de gouvernance, totalement renouvelée. Axée sur le collectif, elle fait la dynamique et le succès d’Huglo Lepage. Le cabinet réunit une équipe jeune qui grandit rapidement (une vingtaine de personnes), Christian Huglo et moi-même. Nous occuperons d’ailleurs bientôt le rez-de-chaussée de l’immeuble, une décision prise collectivement. Chacun est considéré pour ce qu’il est et ce qu’il apporte au cabinet. Nous partageons la même éthique mais avec des compétences différentes.

 

Fondé sur le droit public et le droit de l’environnement, Huglo Lepage Avocats intervient sur d'autres champs. Pourquoi ?

Aux matières traditionnelles (droit public économique, des marchés publics, des contrats, de l’urbanisme, de l’aménagement de l’espace et de l’environnement), nous ajoutons les aspects de droit privé, pénal, civil, constitutionnel et européen des entreprises qui découlent de notre positionnement. En ce qui concerne l’énergie par exemple, nous intervenons dans le cadre de montages d’opérations, d’optimisation énergétique et de mise en place de certificats d’économies d’énergie mais aussi pour le solaire, l’éolien et l’hydro-énergie. En matière d’environnement, nous travaillons sur la construction de zones industrielles et dans la gestion de risques technologiques et naturels, incluant les questions relatives à l’eau, aux sols, à la biodiversité et à la compensation écologique. Grâce aux différents profils de nos avocats, nous fournissons des prestations globales mêlant expertises publicistes et privatistes. Les domaines de la santé et de l’environnement nous occupent aussi beaucoup avec des dossiers sur les pesticides, les perturbateurs endocriniens et l’hypersensibilité.

 

Le cabinet s’est illustré par le passé dans des dossiers très sensibles. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

Tout à fait, nos dossiers ont encore une forte résonnance médiatique. Parmi les plus récents, celui de l’incinérateur de Massy : nous avons fait juger pour la première fois la mise en danger délibérée d’autrui à la suite d’un dysfonctionnement d’incinérateur. Nous traitons aussi de nombreux dossiers sur le nucléaire. Nous défendons par exemple la ville de Genève et son canton dans l’affaire relative à la centrale de Bugey. En matière de pollution atmosphérique, nous représentons la ville de Paris en appel sur la question des voies sur berge. Nous accompagnons aussi plusieurs autres villes de France qui se bagarrent contre la pollution de l’air et qui cherchent à agir.

 

Vous venez d’ouvrir un bureau à Marseille. D’autres antennes sont-elles à venir ? 

Nous visons Rennes : un collaborateur, spécialiste des contrats, des marchés et de l’énergie, exercera sur place. Nous avons aussi des projets d’ouverture à Strasbourg, Casablanca et Bruxelles.

 

"La société civile et les juges opèrent les révolutions que les politiques ne veulent pas faire"

 

Et pour la suite ?

Le cabinet a connu une progression dépassant nos espérances : nous avons rentré en 6 mois presque autant de dossiers quand lorsque nous étions associés au sein de notre ancienne structure. Notre axe de développement principal concerne surtout le secteur de l’énergie et notamment des énergies renouvelables. Nous faisons des choix éthiques, et les dossiers que nous choisissons de traiter sont en accord avec ces choix. Ce qui nous paraît essentiel à la vie de la société des années à venir, comme par exemple la santé et l’énergie, influencent nos choix de dossiers santé. Nous sommes forcés de suivre l’évolution réglementaire : les contraintes en matière environnementale et urbanistique sont de plus en plus importantes, de nouvelles réformes voient le jour fréquemment. Notre priorité consiste donc à accompagner des entreprises face à ces évolutions pour leur permettre de développer leurs projets en conformité avec ces nouvelles règles.

 

Vous êtes engagés dans l’« open innovation ». De quoi s’agit-il ?

Huglo Lepage ne se préoccupe pas seulement du droit. Membre du réseau d’avocats Gesica, nous travaillons aussi avec le Mouvement des entrepreneurs de la nouvelle économie (MENE) qui réunit 10 000 entreprises partageant la même vision du futur. Nous participons aussi à un cluster qui monte des projets d’énergies renouvelables décentralisées. Des constructeurs, architectes, financiers et énergéticiens réfléchissent ensemble à la manière dont on peut faire avancer les choses.

 

En réaction à la démission de Nicolas Hulot, vous avez déclaré à l’antenne d’Europe 1 que le juridique a plus d’impact que la politique en matière environnementale. Pourquoi ?

Notre cabinet s’engage à faire progresser le droit. L’action politique peine sur les questions d’écologie, ou ne réalise que des petits pas. À l’inverse, une décision juridictionnelle est capable, à elle seule, de changer les règles existantes. Le bouleversement est total : près de 1000 procès sur le climat se tiennent actuellement dans le monde. Une décision d’espèce peut en entraîner d’autres et enclencher des changements profonds. Au Canada, une cour fédérale a jugé l’interdiction d’agrandir un oléoduc reliant le grand Nord du Canada et les États-Unis. Un tribunal autrichien a interdit l’agrandissement d’un aéroport au motif que l’opération accroitrait le réchauffement climatique. La société civile et les juges sont en train d’opérer les révolutions que les politiques ne veulent pas faire. Personnellement, cela me passionne.

 

Marine Calvo