Comment je suis devenue détective privé après un master en droit

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Comment je suis devenue détective privé après un master en droit

Géraldine a 26 ans. Après un master 2 de droit privé à Nice en 2009, elle abandonne son rêve de devenir avocat et lui préfère une autre profession : détective privé. Un métier méconnu, nourrissant de nombreux fantasmes. Elle a accepté de témoigner pour Carrières-Juridiques, et revient sur son parcours.

Depuis l’adolescence, ma voie était tracée, je serai avocate ! Défendre la veuve l’orphelin, l’opprimé, et peut-être le désir secret d’approcher le danger en côtoyant des « voyous ». En bref le besoin d’aider mon prochain, de me sentir utile et une pointe d’adrénaline pour assaisonner le tout m’avaient dirigé sur cette voie.

C’est ainsi qu’après un baccalauréat général je me suis tout naturellement retrouvée sur les bancs de la faculté de droit dans l’objectif, d’un jour, intégrer le barreau.


Tout semblait aller pour le mieux, avec un peu d’effort je réussissais tour à tour mes partiels, le droit me plaisait énormément. Seule ombre au tableau, plus je m’approchais de mon but et moins j’étais sûre de moi ! En effet, plus j’apprenais ce métier pour lequel je me destinais depuis ma jeune adolescence, moins je trouvais que celui-ci me correspondait. L’idée que je m’en étais faite était erronée ! Ou peut-être étaient-ce mes attentes qui avaient évolué…


Bref, me voilà titulaire d’un bac + 4 et pour la première fois dans mon existence, je ne savais plus ce que je voulais faire de ma vie. Le métier d’avocat ? Trop administratif, pas assez palpitant. Rester dans un bureau, ce n’était pas pour moi.


Mais qu’allais-je bien pouvoir faire maintenant ? Tout en me posant la question je passais divers concours et enchainais sur un Master 2, sans grande conviction, jusqu’au jour où j’ai enfin vu le bout du tunnel. Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Un souvenir revenu à ma mémoire a changé ma vie. Je me suis rappelée de cette plaque au bas d’un immeuble niçois, où il était inscrit « Détective privé ». À cette époque dans mon esprit cela n’avait fait qu’un tour, « plus tard, lorsque j’en aurai marre d’être avocate, je deviendrai détective privé ». Je me suis donc dit « et pourquoi pas ? ». Beaucoup de questions se sont alors bousculées dans ma tête : Ce métier existe-il vraiment ? Comment fait-on pour devenir détective ? Peut-on en vivre ?

J’ai donc fait quelques recherches et me suis rendue compte qu’il s’agissait d’un métier à part entière du droit, qui existe vraiment, et dont l’accès est très règlementé.

 

Seules trois formations permettent à l’heure actuelle de devenir détective privé et leur accès se fait sur dossier puis par un entretien. J’ai alors compris le sérieux de ce métier qui nécessitait un diplôme ainsi qu’un agrément de l’Etat. Je décidais de tenter ma chance. Je constituais alors trois dossiers de candidature que j’envoyais aux trois écoles diplomantes de France (Montpellier, Nîmes et Melun).

 

J’ai reçu une première convocation pour une réunion d’information et un entretien à l’IFAR (Institut de formation des agents de recherches) de Montpellier. En arrivant je me rendais compte de la difficulté à intégrer cette école : une vingtaine de places tout au plus par session (comme pour les deux autres formations) et nous étions près de 80 candidats dans l’amphithéâtre.

 

Lors de cette réunion, le directeur nous expliquait que la formation serait intensive : droit, topographie, contre-enquête pénale, cours théoriques, mises en pratique, etc. Nous pourrions être sollicités le jour, la nuit, et même le week-end pendant nos 6 mois de formation. Il nous informa également qu’à l’issu de celle-ci, un stage pratique de 3 mois devait être réalisé dans un cabinet expérimenté. Plus je l’entendais parler, plus je réalisais que j’avais sûrement trouvé ma voie.

 

Vint alors le moment de l’entretien tant redouté. Nous devions passer tour à tour devant l’un des quatre professionnels présents afin de passer quelques tests et de faire part de nos motivations. Je me retrouve donc face à un détective du sud-ouest qui comptait une trentaine d’années d’expérience dans ce métier. Il m’a posé tout un tas de questions sur mon parcours scolaire et personnel. J’ai ensuite passé quelques tests dont je ne comprenais pas vraiment le sens et lui ai expliqué ce qui m’avait amené à me retrouver face à lui. Je suis sortie de cet entretien quelque peu perturbée. En effet, j’étais de plus en plus convaincue de mon envie d’intégrer cette école et d’exercer ce métier mais j’avais une énorme crainte de ne pas être reçue.

Quelques semaines d’angoisse plus tard, le téléphone se mit à sonner. Bonne nouvelle, il me restait plus qu’à trouver un logement dans la ville de Montpellier. La secrétaire de l’IFAR m’a aidé dans cette tâche et trois semaines plus tard je signais mon bail locatif de 6 mois.

 

Le 28 septembre 2011, me voici arrivée à Montpellier avec mes cartons. Le lundi suivant j’entamais mon premier jour de formation. Les 6 mois sont passés à la vitesse éclair. Je découvrais chaque jour une nouvelle facette de ce métier qui me passionnait de plus en plus. Les cours étaient très intéressants et le droit quotidiennement présent.

 

Le premier jour de stage arriva très vite. Mon stage m’a été proposé par l’école, qui s’occupe de faire les recherches et les démarches administratives. J’avais désormais un stage près de chez moi, ce qui m’a permis de revenir dans ma région. Grâce à ce stage, je découvrais un peu plus l’aspect pratique du métier mais aussi la gestion d’un cabinet et celle d’une entreprise en général. Les enquêtes de terrains, les recherches administratives, les rendez-vous clients, la conception des rapports, tout me plaisait. Je me sentais utile et le travail était si varié qu’il ne pouvait être monotone.

 

A l’issu, je suis retournée sur Montpellier pour mon examen final, que j’ai passé avec succès. Quelques démarches administratives plus tard, je montais ma structure et recevais mon agrément.

 

Aujourd’hui, j’exerce ce métier passionnant, je suis mon propre patron et je ne regrette aucun de mes choix. Je suis très épanouie dans mon métier. Je garde un lien avec le droit qui est très présent dans mon travail tout comme l’esprit de synthèse que l’on nous apprend à développer sur les bancs de la fac. Je travaille en collaboration avec des professionnels du droit en tout genre qu’il s’agisse d’huissiers, d’avocats ou de notaires.

 

Je vous invite tous à vous renseigner sur ce métier qui est bien trop peu connu dans nos facultés de Droit et qui pourrait susciter en vous une réelle vocation !



Géraldine LANGELLA.

www.sud-investigation.fr


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