"On nous appelle le « Google du droit » ", rencontre avec Nicolas Bustamante, CEO Doctrine.fr

  • Publié

Créée en 2016 par trois jeunes entrepreneurs, Nicolas Bustamante, Raphaël Champeimont et Antoine Dusséaux, la legaltech a accompli une véritable révolution dans le domaine de l’édition juridique traditionnelle, même si, Nicolas Bustamante, CEO de la start-up, considère que la plateforme n’est qu’un éditeur juridique moderne doté d’une intelligence artificielle pointue, ni plus ni moins. Avec une levée de fonds de 10 millions d’euros, des milliers de clients et une vague de recrutements qui n’en finit pas, la jeune pousse connaît une croissance impressionnante.

Carrières-juridiques.com. Qu’est-ce que Doctrine.fr ?

 

Nicolas Bustamante. Doctrine.fr est née d’un constat simple : la recherche juridique informatique est complexe, du fait notamment de l’accroissement exponentiel des données juridiques. Notre souhait était alors de créer une intelligence artificielle capable de hiérarchiser l’information juridique, pour faciliter le travail de recherche des professionnels du droit. Finalement, notre activité n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est la liaison entre l’intelligence artificielle et le droit, qui nous a d’ailleurs valu d’être très vite classés dans la catégorie « legaltech ». Au début de l’aventure Doctrine.fr, les éditeurs juridiques traditionnels, eux, nous ont tout de suite catégorisés comme concurrent frontal, qui aurait pour objectif de les remplacer. Ce n’est pas vrai. En effet, le problème de transparence des données juridiques doit être résolu avec l’aide et le concours des acteurs traditionnels et de Doctrine.fr. Notre objectif est de nous imposer en complément de leur approche, dans le but de résoudre la même problématique.

 

Qui utilise votre solution ?

 

Notre plateforme s’adresse à l’ensemble des professionnels du droit, en particulier les avocats et directions juridiques. Aujourd’hui, elle est majoritairement utilisée par des avocats individuels installés dans toute la France. Notre business model étant basé sur un abonnement sans engagement à seulement 159 euros par mois, nous avons pu étendre notre marché et aider les avocats individuels et cabinets à taille humaine qui n’avaient pas forcément les moyens de se payer un éditeur juridique traditionnel. Cependant, Doctrine.fr est également utilisée par de grands cabinets d’avocats.

 

Vous avez réalisé deux levées de fonds, dont une de 10 millions d’euros en juillet dernier. Quels projets souhaitez-vous réaliser ?

 

Cette levée de fonds va nous servir dans un premier temps à passer de 50 salariés à 100 salariés en seulement 6 mois et dans un deuxième temps à investir massivement dans le service apporté à nos clients, c’est-à-dire la technologie, l’intelligence artificielle, l’anticipation de leurs besoins et les moyens pour résoudre leurs problématiques avec une plus grande précision. Nos clients ont besoin d’un acteur comme Doctrine.fr pour les accompagner dans la transformation digitale qui s’impose à eux. Tout cela passe évidemment par le recrutement de personnes qualifiées. La première levée de fonds de 2 millions d’euros avait donné un très grand coup d’accélération à la start-up, notamment en passant de zéro à 50 salariés en CDI en vingt-quatre mois.

 

Comment imaginez-vous Doctrine.fr dans cinq ans ?

 

Notre objectif dans cinq ans est d’avoir cartographié le génome juridique sur la France, c’est à dire que nous souhaitons que les professionnels du droit comprennent en quelques clics le lien entre un amendement, une loi, une décision de justice, la doctrine et l’impact que cela peut avoir sur leurs clients. Aujourd’hui, nous sommes à 1 % de ce que nous aimerions faire pour servir les professionnels du droit et pour, plus largement, ouvrir et rendre le droit transparent. À terme, notre « ambition produit » est de supprimer la recherche juridique, grâce à une intelligence artificielle capable de recommander le contenu pertinent, avant même qu’on ne le cherche. On nous appelle le « Google du droit » ; Google ne s’est pas fait en un jour.

 

Propos recueillis par Clémentine Anno