"J’ai pris l’engagement ferme de lever le bâton" : Marie-Aimée Peyron, bâtonnier de Paris

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Élue bâtonnier de Paris en décembre 2016, Marie-Aimée Peyron a pris ses fonctions en janvier dernier. Dix mois après, l’heure est au bilan de ce qui a été accompli et de ce qu’il reste à faire. D’un côté comme de l’autre, la liste est longue pour celle qui défend les intérêts des quelque 30 000 avocats du barreau de Paris, qu’elle aime à comparer à la population d’une ville.

Carrières-juridiques.com. Quel bilan dresseriez-vous de votre mandat ?

Marie-Aimée Peyron. C’est un honneur de représenter l’Ordre des avocats du barreau de Paris. J’imaginais que cela allait être dense mais cela va bien au-delà. Être à la tête d’un barreau de plus de 30 000 avocats est un engagement de tous les instants.

 

Parmi vos engagements de campagne, vous avez mis l’accent sur la parité. Quelles actions avez-vous mises en place ?

L’égalité nous tenait à coeur. Dès le premier conseil de l’Ordre en février dernier, nous avons intégré dans le règlement du barreau de Paris non seulement la lutte contre les agissements sexistes mais également la parité au titre des principes essentiels de la profession. Afin de remédier aux mauvais traitements dont font l’objet certaines collaboratrices, nous avons mis en place un référent collaboration et un référent harcèlement chargés de nous signaler ces comportements déviants. Cela nous a permis d’ouvrir des enquêtes déontologiques dont l’une vient d’aboutir sur la première sanction disciplinaire pour harcèlement sexuel dont je n’accepterai aucune forme en ma qualité d’autorité de poursuite. J’ai pris l’engagement ferme de lever le bâton. Afin d’inciter les cabinets à réduire les discriminations à la fois de rémunération et de statut, des assises de l’égalité ainsi qu’un prix de l’égalité, visant à récompenser les meilleures pratiques en matière de parité, verront bientôt le jour. 

 

« C’est un honneur de représenter l’Ordre des avocats du barreau de Paris »

 

Dans le cadre du mouvement Justice morte, vous avez porté l’opposition des avocats au projet de loi justice. Qu’est-ce qui vous gêne le plus dans ce texte ?

De manière générale, ce texte comporte un trop grand nombre de dispositions qui écartent l’avocat des procédures au profit des magistrats et au mépris de la place de la victime. À trop vouloir accélérer le rendu de la justice, les citoyens sont privés de leurs droits fondamentaux. Par ailleurs, le texte prévoit d’élargir la géolocalisation, les perquisitions et les écoutes téléphoniques des personnes poursuivies pour des délits encourant trois ans d’emprisonnement, contre cinq ans auparavant. En tout, 200 délits concernés, ce qui pose un problème évident sur le plan des libertés publiques. Nous nous opposons de manière unanime à la disposition qui donne la possibilité au président de la chambre d’instruction d’écarter un recours sans même l’examiner contradictoirement au seul motif qu’il ne l’estime pas sérieux. 

 

Vous avez orchestré le déménagement dans les nouveaux locaux du tribunal de Paris. Quels sont les points bloquants qui justifient aujourd’hui encore le mécontentement de nombreux avocats ?

Le peu de mètres carrés accordés aux avocats au sein du nouveau tribunal ne facilite pas les choses. À l’heure actuelle, tout n’est pas encore en ordre, notamment en ce qui concerne l’accès des avocats à l’ensemble du bâtiment. On ne peut pas accepter la charte que souhaite nous imposer François Molins, l’actuel procureur de la République de Paris, visant à fermer une partie des couloirs de circulation aux avocats et aux justiciables. Une telle inégalité doit disparaître. Pourquoi les parquetiers pourraient-ils déjeuner avec les magistrats à la cafétéria et au restaurant alors que les avocats en sont exclus ?
 

Pierre Allemand