De l'Homo contractus au contract management : rencontre avec J. Teissier (Legisway)

  • Publié
  • modifié
De l'Homo contractus au contract management : rencontre avec J. Teissier (Legisway)

Fort de ses expériences, Jérôme Teissier fonde Legisway et pousse à l'excellence le management de sa contratech pour la mettre au service des grandes entreprises, des PME mais sait aussi en faire cadeau pour les bonnes causes. 

Carrières-Juridiques.com. Comment vous est venue l’idée de développer Legisway ?

Jérôme Teissier. L’idée de développer Legisway me vient de mon parcours financier. J’ai travaillé pour plusieursgrandes entreprises et banques dans lesquelles les contrats étaient contenus dans des avoirs métalliques. Les personnes chargées d’appliquer ces contrats n’avaient jamais les clefs de ces coffres-forts.  En 1996, j’ai eu l’idée de créer un coffre-fort des contrats. Nous avons ensuite présenté le concept, il a beaucoup plu. D’abord Thalès, puis La Poste et de grands laboratoires pharmaceutiques ont adhéré au projet.  En  2000, nous avons levé des fonds auprès de la Société Générale et du groupe Thalès pour fonder Legisway, qui a connu un très joli parcours depuis. À nos débuts nous n’étions que 7 à 8 personnes chez Legisway, aujourd’hui nous sommes 45. La première personne à nous avoir rejoints est Delphine, en charge de la communication, pour ensuite prendre les rênes de la direction commerciale. Au fur et à mesure, comme beaucoup de nos salariés elle a évolué, pour devenir directrice générale adjointe de Legisway.

 

Delphine Lanchy. 14 ans plus tard, Jérôme ouvre le capital de son entreprise à tous ses salariés. 

 

 

C-J.com. Legisway fête ses seize ans. Quel est le bilan ?

J. T.  Aujourd’hui il n’y a pas un euro dans le monde qui s’échange sans qu’il n’y ait de contrat. Il est donc impensable que les entreprises ne disposent pas d’outils extrêmement malins pour gérer ces contrats. Autour de cette idée d’une logique imparable, l’aventure se crée. Le bilan se solde donc par une aventure extraordinaire, d’abord humaine, mais aussi technologique. Je me suis rendu compte que l’on pouvait avoir de superbes idées mais que si derrière on n’avait pas une équipe extraordinaire, on ne faisait rien. Certains de mes salariés ont déjà 15 ans de boîte et nous sont très fidèles. En 2011, j’ai fait le choix de devenir totalement indépendant, en rachetant aux financiers toutes les actions qu’ils avaient au sein de l’entreprise. J’ai voulu faire en sorte que les personnes qui  travaillent chez Legisway puissent devenir actionnaires de l’entreprise, qu’ils possèdent un bout de l’entreprise. Aujourd’hui, un quart de l’entreprise est détenu par ses salariés.

 

C-J.com. En dix ans, Legisway a gagné 30% de clients en plus. Quels sont selon vous les aspects de votre produit qui attirent le plus les entreprises ?

 

D.L.  Il faut comprendre que les juristes forment la population la moins informatisée. Pour les juristes c’est : le papier, le crayon de bois et, quand on a de la chance, Excel. Ils n’ont ainsi jamais de budgets d’investissement, ce ne sont que des budgets de dépense. Lorsque Jérôme a créé le produit c’était le premier à révolutionner cet aspect.

 

J.T.  Nous sommes choisis car les entreprises n’ont plus le choix, aujourd’hui, de s’équiper d’un outil de gestion de contrats. D’un point de vue de gestion des risques, il est indispensable d’avoir une vision de son propre champ contractuel.  Le monde d’aujourd’hui, de par les très grands scandales financiers, fait que les autoritéstutélaires ont imposé aux juristes beaucoup de transparence et de contrôles. A partir du moment où le commissaire aux comptes a accès à ces outils et peut se rendre compte par lui-même de la réalité des gros contrats qui sont signés et la manière dont les risques sont appréhendés par l’entreprise, il peut avoir une vision honnête et sincère des comptes qu’il certifie. Le contrat est désormais vu comme une véritable arme de compétitivité pour les boîtes. C’est ce grand changement de statut du contrat qui nous a permis de nous positionner. Les entreprises passent leur temps à se racheter entres elles, ce qui implique data-room et due-dilligence : un véritable enfer pour les directions juridiques. Legisway est éditeur de logiciel, nous garantissons donc un outil malléable. Cette souplesse a aussi plu à de nombreuses entreprises. On parle de grands comptes parce que c’est plus facile et c’était un milieu où il y avait un besoin friand. Cela dit maintenant on s’attaque au marché des PME sous le prisme du SAAS (logiciel en tant que service). La boîte nous loue donc une contratech pour que nous l’hébergions.

 

C-J.com. Vos expériences sont riches et variées, comment les mettez-vous à profit en tant que chef d’entreprise et surtout influencent-elles votre vision du contract management ?

 

J.T. En réalité, un contrat est un contrat et un litige est un litige. Nous avons placé nos propres expériences à l’intérieur d’un outil. On a fait une base de références et cette base modèle s’est progressivement enrichie de toutes les meilleures pratiques de nos clients. Cela nous permet d’aller très vite dans la mise en œuvre pour faire en sorte que ce logiciel capitalise son entreprise. La force d’une entreprise c’est la capacité de dire non à certaines demandes de clients pour qu’on soit capable de faire parfaitement bien le cœur de notre métier : la gestion des contrats.

 

 

C-J.com. L’innovation est au cœur de Legisway et en dix ans beaucoup de chemin a été fait en terme de technologie. Comment faites-vous face au défi du digital ?

 

J.T. Par un effort permanent en R&D et en gardant le cœur de la boîte dans le viseur. Notre entreprise est technologique, ergonomique et axée sur un métier. L’innovation est perpétuellement au cœur de tout cela. Avant on faisait des sauts technologiques, aujourd’hui le monde évolue en permanence et petit à petit. Il faut donc faire en sorte que votre produit évolue en permanence et intègre les dernières technologies, les plus solides et les plus robustes.  Dès que nous faisons du bénéfice, nous pouvons nous en servir pour recruter, favoriser un partenariat ou développer un projet. Nous disposons aussi du crédit d’impôt recherche, qui est une aide fournie par l’État pour innover. On a aussi la chance d’avoir un directeur général adjoint, responsable R&D, qui est un ingénieur extraordinaire puisqu’il parle français et informatique ! La moitié de nos salariés possède des compétences informatiques. Notre autre enjeu est de ne pas nous faire voler nos salariés, car ce sont eux la véritable pépite d’or de Legisway.

 

C-J.com. De nombreuses écoles se sont créées avec pour intention d’enseigner le contract management. Qu’en pensez-vous ?

 

J.T. C’est fondamental car il n’y a pas de métier sans école. Un contract-manager est juriste, mais un juriste n’est pas un contract-manager. Ce dernier porte plusieurs casquettes : tantôt celle de financier, tantôt celle de négociateur. La création des écoles de contract management est donc une bonne chose, cela permet une prise de conscience de l’existence de ce métier, très hybride. On est obligé d’aller chercher des compétences en Angleterre et aux États Unis, parce qu’ils sont en avance sur ces sujets.. Rémi Rougeron, de Thalès, a créé un master à la Sorbonne, c’est pour vous dire à quel point il y a un gros besoin dans ce métier.

 

C-J.com. Le mot de la fin : pouvez-vous nous raconter une anecdote ?

 

J.T. Lorsqu’en septembre 2008, Lehman Brothers, un état dans l’état financier, fit faillite, le directeur financier d’une des plus grosses banques françaises m’a appelé. Il tenait à me remercier parce que dans la nuit ils avaient utilisé notre contratech pour connaître tous les contrats signés en cours qu’ils possédaient avec Lehman Brothers. Ils ont pu prendre des mesures correctrices sur les marchés financiers et éviter le pire. Nous étions extrêmement fiers.

 

Propos receuillis par Anissa Katti

@creepyturkey