Avocats : l'heure est à la remise en question

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Avocats : l'heure est à la remise en question

« Les cabinets d’avocats doivent innover pour survivre » titre les Echos lundi dernier. Nouvelles attentes, critiques multiples, réformes annoncées… une remise en question s’impose pour la profession.

Les avocats font face aux critiques Si celles-ci sont multiples, la première d’entre elles cible leur mode de rémunération et principalement le taux horaire. Celui-ci « introduit un conflit d’intérêt majeur entre le client et son avocat, car le client souhaite qu’une tâche déterminée soit réalisée le plus rapidement et le plus économiquement possible, tandis que l’intérêt de l’avocat est d’augmenter sa facturation» explique Donna Seyle [1] en 2011.

 

Pourquoi cette critique de la rémunération est-elle centrale ? Le taux horaire freine la croissance en ce qu’il crée de la suspicion et de la défiance de la part du client. « Plus encore ce type de facturation décourage l’innovation, et récompense les avocats qui prennent plus de temps que leurs collègues organisés pour réaliser une tâche donnée » explique Donna Seyle. Cette pression constante sur les prix s’accompagne d’une diminution du volume d’activité qui oblige aujourd’hui les avocats à se renouveler pour survivre.

 

Conscients de la situation, certains cabinets ont d’ores et déjà trouvé des relais de croissance. C’est le cas du cabinet Allen & Overy, qui s’est récemment implanté en Indonésie, en Turquie au Vietnam ou encore en Birmanie. « Avec un taux de croissance économique annuel de 7%, le potentiel d’activité y est très fort », explique Wim Dejonghe, Managing Partener Monde du cabinet Allen & Overy dans une interview accordée au Echos en novembre 2013 [2]. Parallèlement à ces opportunités géographiques, de nouvelles offres sont également en pleine émergence. Le cabinet Mayer Brown renforce notamment son offre internationale sur la mobilité. «  Les clients exigent de leurs avocats des solutions innovantes pour les aider à gérer la complexité des obligations réglementaires et les risques juridiques liés à la mobilité de leurs cadres dans le monde », explique Maureen Gorman, associée et codirigeant du département de droit social du cabinet Mayer Brown.

 

Pour Wim Dejonghe, le modèle du fonctionnement des cabinets est amené à changer d’ici cinq à dix ans. « D’autres modes de travail devraient voir le jour à l’image de ceux du centre de services juridiques que nous avons mis sur pied en Irlande du Nord », explique t-il.

 

A quoi ressemble l’avocat de demain ? L’avocat de demain ne pourra plus ignorer l’irruption du numérique qui a largement œuvré pour la démocratisation de l’accès au droit, tout en retirant aux avocats leur monopole du « savoir juridique ». De façon générale, l’avocat de demain se doit de trouver des solutions pour réduire les coûts et le temps passé, tout en améliorant la qualité et la sécurité des conseils prodigués.

 

Si certains cabinets sont en pleine mutation dans ce sens, c’est toute la profession qui doit aujourd’hui innover, évoluer, s’adapter et s’ouvrir au changement.



Par Capucine Coquand, Responsable Editorial pour Carrières-Juridiques.com




[1] Donna Seyle, Law pratice strategy, creating a new business model for solos ans small firms, Kindle Edition 2011.

[2] « Wim Dejonghe : « l’innovation fait bon ménage avec la profession d’avocat » », Les Echos, 28/11/2013.