24 heures avec un huissier

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24 heures avec un huissier

Passer 24 heures avec un huissier de Justice ? Vocii une idée peu banale, tant ce personnage est injustement mal-aimé… essayons toutefois de vous faire partager mon quotidien.

 

7h00. Le réveil a sonné depuis longtemps quand je pars rejoindre mon étude. Je profite du trajet pour vérifier mes mails : une agence de communication m’a adressé un mail à 23h50 me demandant de vérifier un règlement encadrant le jeu qu’elle organise pour faire gagner une voiture de sport. Grâce à une lecture assidue je lui fais parvenir par mail quelques préconisations pour lui éviter d’éventuelles sanctions pénales.


7h35. J’entre à l’étude. L’image d’Epinal de l’huissier, habillé tout de noir dans son bureau poussiéreuse, me fait sourire, car les études sont aujourd’hui très informatisées. Le temps de vérifier les dossiers que m’ont préparés mes gestionnaires et mes clercs significateurs partent déjà afin de remettre en main propre les actes à leurs destinataires ou de vérifier l’adresse de leur domicile.


8h30. Toujours ponctuel, le serrurier arrive et nous partons ensemble procéder à une douzaine de saisies-vente. Loin de repartir avec les meubles, l’acte de saisie consiste en un inventaire des facultés mobilières d’un débiteur suivi d’une mise sous-main de justice des meubles pour recouvrer une créance. En réalité, cela représente surtout la possibilité d’instaurer un dialogue avec des personnes qui n’osent pas prendre contact avec le créancier ou l’huissier de Justice. Sur les douze dossiers, nous rencontrons huit personnes, et je signe six protocoles d’accord. Les deux autres personnes rencontrées, au RSA, n’ont quant à elles aucune faculté mobilière saisissable ni aucun moyen financier. Je ne suis pas là pour leur enfoncer la tête sous l’eau : je stoppe leurs dossiers. Quant aux quatre adresses où nous ne rencontrons personne, 3 dossiers se solderont par une saisie des meubles après ouverture de la porte, et pour le dernier, j’apprends que le débiteur a déménagé sans laisser d’adresse. Qu’à cela ne tienne, le législateur nous a confié des moyens qui permettront de le retrouver.


Le début d’après-midi est consacré à la vérification des actes rédigés par mes collaborateurs. L’apposition de ma signature et de mon sceau entraîne ma responsabilité, mais aussi celle de l’ensemble des huissiers de Justice par le jeu de notre garantie collective. Justement, je m’aperçois que l’acte qu’il m’est demandé de délivrer doit impérativement l’être aujourd’hui sous peine de prescription : me voilà reparti pour signifier l’acte moi-même immédiatement.


17h. J’ai pu délivrer mon acte. Je fi le alors à mon prochain rendez-vous : un constat de chantier. Je rencontre un jeune couple de propriétaires qui a décidé de faire construire un pavillon et leur constructeur. Ce dernier m’explique qu’il a dû faire face à la défaillance des sous-traitants. Je ne suis pas là pour prendre parti mais uniquement pour dresser un procès-verbal de mes constatations matérielles et objectives, devant être extrêmement précis car il servira de preuve absolue. De retour à l’étude à l’heure où mes collaborateurs partent, je retrouve mes associés qui ont eu une journée chargée également : constats sur Internet, saisie de coffre-fort, etc…Nous vérifions alors la comptabilité de l’étude, les encaissements dans les dossiers et préparons les reversements à nos clients.


20h45. La journée s’achève. J’aimerais rentrer au plus vite chez moi et je me surprends à repenser à l’agence de communication et son jeu qui faisait gagner une voiture de sport, je m’imagine rentrer plus vite grâce à elle… mais bien entendu, je n’ai pas le droit de jouer.

 


Fabrice Reynaud

Huissier de Justice à Nanterre


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