24 heures avec un commissaire

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24 heures avec un commissaire

Une journée ordinaire d’un commissaire de police en commissariat de sécurité publique. Je dirige une circonscription de banlieue parisienne comptant environ trois cents agents en charge de la sécurité de douze communes et de près de 180 000 habitants. 

7h00. Je suis à mon domicile, situé sur le ressort de ma circonscription et je regarde sur mon téléphone l’ensemble des comptes rendus de la nuit : deux affaires d’alcoolémie, une personne placée en garde à vue pour des violences, un véhicule brûlé. La nuit a été calme. J’ai le temps de préparer le petit-déjeuner de mes enfants et de les emmener à l’école ce qui n’est pas toujours le cas !


8h15. J’arrive au commissariat. Je me rends immédiatement au poste de police qui est un peu la tour de contrôle du service. 24 heures sur 24, trois policiers assurent la veille radio en lien avec la salle de commandement départementale, rédigent les télégrammes transmis aux autorités compétentes pour les informer des événements importants de voie publique. Le chef de poste m’informe plus en détail de l’ensemble des affaires de la nuit. Arrivé à mon bureau, je consulte la main-courante informatisée du service. Elle regroupe le compte-rendu de l’ensemble des interventions de police ainsi que des déclarations effectuées par des personnes ne désirant pas déposer plainte. Je dois être vigilant : lorsque les faits allégués nous semblent suffisamment graves, nous choisissons de poursuivre des enquêtes, même en l’absence de plainte de la victime. Je lis l’ensemble de mes mails pour prendre connaissance des instructions de la direction centrale. Je lis aussi la presse locale. Je suis tenu de connaître les événements se déroulant sur ma circonscription afin de pouvoir en permanence adapter l’activité du commissariat. Enfin, je vais saluer l’ensemble des fonctionnaires travaillant au commissariat, exercice indispensable. Un chef qui ne connaît pas bien ses agents et qui n’est pas visible aura des difficultés à susciter l’adhésion de ses effectifs, notamment lors des gestions de crise.


9h30. Je réunis dans mon bureau les deux commissaires qui dirigent respectivement le service de sécurité de proximité (les effectifs de voie publique), la sûreté urbaine (les effectifs en charge des investigations judiciaires), ainsi que le commandant qui dirige l’étatmajor (qui comprend toutes les missions dites de soutien). L’objectif est de transmettre mes instructions sur les missions en cours et de s’informer mutuellement sur le travail de chacun au cours de la journée.


10h00. Je me rends à deux rendez-vous successifs avec des maires de la circonscription. Nous échangeons régulièrement sur les difficultés que peuvent connaître leurs communes sur le plan de la sécurité. Je suis en train de déjeuner lorsqu’un appel sur mon téléphone portable met un terme à mon repas. Un jeune vient de se faire poignarder dans une cité sensible. Je me rends immédiatement sur place. En route, j’appelle le maire de la commune pour l’informer de la situation. Je demande des renforts de la direction départementale par radio pour empêcher toute velléité de trouble à l’ordre public et garantir de bonnes conditions de travail aux policiers en charge de l’enquête. Sur place, je prends le commandement du dispositif. Je répartis les policiers en tenue sur l’ensemble de la cité et le chef du groupe judiciaire me rend compte des investigations qu’il a déjà diligentées. Je l’accompagne pour les constatations dans l’appartement de la victime, réfugiée dans le logement familial. La famille n’est pas coopérative et entend manifestement régler ses problèmes sans le concours de la police. La situation reste calme au sein de la cité mais je demande néanmoins le maintien de renforts pour la soirée.


17h00. Je reviens à mon bureau. Il est temps de signer mes parapheurs et d’appeler ma direction pour les opérations à mettre en œuvre dans les jours qui viennent. Avant de partir, mes principaux adjoints passent par mon bureau pour faire un point très rapide sur l’actualité de l’aprèsmidi. Je finis généralement ma journée par la lecture des contestations des contraventions. Comme beaucoup de commissaires, je suis officier du ministère public, ce qui signifie que je représente le ministère public pour la poursuite des contraventions des quatre premières classes.


20h00. Je quitte le commissariat après m’être assuré qu’aucune difficulté ne subsiste au sein du service.



Aymeric Saudubray 

Commissaire de police, chef de la circonscription d’agglomération de Conflans Sainte Honorine



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